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L’empreinte de la Saint-Jean dans la vallée du Var

Lorsque la lumière des longues journées de juin enveloppe Villars sur Var, un parfum de fête flotte dans les ruelles pentues. La Saint-Jean fait partie de ces rendez-vous collectifs où le village se retrouve pour saluer l’été comme il le fait depuis des générations.

Dès le XVIIIe siècle, on trouve trace des célébrations de la Saint-Jean dans tout le comté de Nice, et plus particulièrement dans la vallée du Var, où elle marque le passage du printemps à l’été par des rites du feu. Si la Saint-Jean est honorée un peu partout en France, elle prend ici une saveur particulière, car elle tisse un lien entre mémoire rurale, fête religieuse et convivialité villageoise. (Sources : Archives départementales des Alpes-Maritimes, inventaire régional des fêtes traditionnelles)

Le temps des préparatifs : l’art de réunir le bois et les cœurs

Tout commence au début du mois de juin. Petits et grands participent à la confection du bûcher, en haut du vieux village ou sur la place attenante à l’église Saint-Jean-Baptiste. Des bénévoles de l’association villageoise, épaulés par quelques anciens, supervisent la récolte du bois. Chacun amène sa poignée de branchages, de bois mort ou de palettes, dans le respect des consignes de sécurité désormais strictes (mairie de Villars sur Var, arrêté municipal sur les feux festifs, 2023).

Quelques anecdotes circulent sur le soin mis dans la construction d’un bûcher qui tienne bien la verticale : il faut qu’il brûle rapidement pour fêter le solstice, mais pas au point d’inquiéter la pompe à incendie locale. Selon Pierre, doyenné du village, « Autrefois, on glissait même une branche d’amandier pour porter chance à la récolte. »

Le soir venu : processions, chants et lumières

Le 23 juin au soir, à la tombée du jour, Villars revêt sa parure de fête. La procession emmenée par les enfants portant des bouquets de fleurs des champs descend vers la place. Certains portent des rubans ou des couronnes tressées dans le feuillage du coin. Cette procession continue d’être organisée, bien que la participation ait légèrement baissé depuis les années 1980 – on comptait alors près de cent personnes chaque année, contre soixante-dix en 2023.

  • L’allumage du feu : Traditionnellement confié au plus jeune et au plus âgé du village, il a été, les dernières années, orchestré par le doyen accompagné d’un élu municipal. Les enfants, un brin intimidés, jettent dans le brasier des feuilles de laurier pour la chance.
  • La bénédiction : Un prêtre ou le diacre local bénit le feu, un rituel qui persiste même si la cérémonie est aujourd’hui plus inclusive et laïque. L’église Saint-Jean-Baptiste, toute proche, rappelle l’origine religieuse de cette fête marquant la nativité de Jean le Baptiste (source : Paroisse du Haut-Var).
  • Le rond des danses : Dès que le feu crépite, un cercle se forme spontanément. Les danses sont typiquement provençales (farandole, bourrée niçoise), dirigées par les membres des groupes folkloriques locaux. Les musiciens, souvent issus du village, jouent galoubet et fifre sous les lampions.

Le repas partagé : une table pour tous

Impossible d’évoquer la Saint-Jean à Villars sans parler du grand repas partagé. Ce dîner s’organise façon auberge espagnole sur de longues tables dressées à la hâte. On y trouve :

  • La fameuse socca cuite sur place, quand le four du village est allumé
  • Des tourtes de blettes, emblème des tables niçoises
  • De la pissaladière maison, souvent apportée par les familles installées depuis plusieurs générations
  • Des omelettes aux herbes du coin, clin d’œil à la plus ancienne tradition de la Saint-Jean, qui voulait que chaque maison prépare un plat aux œufs et aux herbes fraîches.
  • Des vins de la vallée pour arroser les rires.

Ce moment de partage culmine généralement autour de minuit, alors que la chaleur du feu laisse place à la fraîcheur de la nuit et que des récits anciens circulent autour des tables.

Légendes et superstitions de la nuit de la Saint-Jean

À Villars sur Var, la Saint-Jean a toujours été empreinte de petites croyances. La nuit du 23 au 24 juin est, dit-on, la plus propice pour ramasser le millepertuis sauvage, censé protéger la maison de la foudre si suspendu dans l’entrée, ou pour changer le mauvais sort.

Une anecdote régulièrement rappelée : il y a quelques décennies, certains jeunes osaient sauter au-dessus du feu pour s’assurer vigueur et bonheur toute l’année. Ces sauts ne sont plus autorisés officiellement, mais l’idée se glisse parfois dans les conversations, preuve que la magie du feu n’a pas disparu.

La tradition de cueillir la rosée à l’aube, « l’eau de Saint-Jean », persiste également. Certains villageois nettoient alors leur visage avec cette rosée pour la santé, selon une coutume héritée des anciens (source : Association Mémoire du Var).

Un événement intergénérationnel au cœur du village

Ce qui marque la Saint-Jean à Villars sur Var est la manière dont elle rassemble les générations. La jeunesse, parfois peu présente lors de la journée, rejoint volontiers la fête dès le soir venu. Selon la mairie, plus de 40 % des participants ont moins de 30 ans lors des grandes années, signe que la transmission continue à s’opérer.

Des ateliers de fabrication de lanternes, organisés l’après-midi même par la bibliothèque municipale, font participer parents et enfants. Dès 2017, l’école du village y associe aussi la création de petits poèmes ou de chansons en provençal.

Le groupe musical local, souvent composé de trois générations de musiciens, clôt la soirée sur des airs qui passent du patrimoine niçois au répertoire plus contemporain, selon l’assistance.

La fête de la Saint-Jean, une tradition vivante face aux défis du temps

Face au risque incendie croissant, plusieurs ajustements ont vu le jour. Depuis 2020, le feu est désormais plus modeste et allumé dans une zone sécurisée. Un dispositif de surveillance (présence des sapeurs-pompiers volontaires, extincteurs à portée de main) garantit que la fête ne sombre pas dans l’inquiétude. Ces adaptations n’ont pas entamé l’enthousiasme, mais témoignent d’une volonté de concilier patrimoine et respect de l’environnement local.

Au-delà de ces contraintes, la fête s’est ouverte à de nouveaux participants. Des résidents venus d’autres régions apportent parfois des spécialités culinaires inédites, ajoutant une touche de diversité à la table.

Regard sur demain : la Saint-Jean, miroir de l’identité villageoise

À Villars sur Var, la Saint-Jean continue donc de transmettre un mélange d’histoire, de symboles et de liens humains. Chaque édition apporte son lot de souvenirs, de photos partagées sur les réseaux et de projets pour l’an prochain : organiser un concours de couronnes de fleurs, inviter un conteur pour distraire les enfants, ou préserver les accents du parler local lors des chants.

Avec sa lumière de feu et d’amitié, la Nuit de la Saint-Jean rappelle combien la vitalité du village s’enracine dans les traditions qui se réinventent au fil des années, sans jamais renoncer à la joie du partage.

Sources : Archives départementales des Alpes-Maritimes, Paroisse du Haut-Var, Mairie de Villars sur Var, Association Mémoire du Var, témoignages villageois collectés entre 2018 et 2024.

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