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Un calendrier rythmé par les saisons et les saints

Longtemps, la vie à Villars sur Var s’est articulée autour d’un calendrier où le sacré et le profane se mêlaient, en écho aux besoins quotidiens d'une communauté agricole et montagnarde. Les fêtes religieuses, les foires agricoles et les rendez-vous populaires structuraient l’année, plus sûrement que l’horloge du clocher. Le village, comme nombre d’autres dans les Alpes-Maritimes, vivait au rythme des saints protecteurs, des moissons, du vin nouveau et des récoltes d’olives.

  • La Saint-Blaise (3 février) : Saint Blaise, patron des maladies de gorge, patron protecteur du village, était fêté à Villars sur Var jusqu’au milieu du XXème siècle. Une procession réunissait les habitants sur la place de l’église, suivie d’une bénédiction des récoltes et du pain, qui était partagé en signe de solidarité. Cette fête donnait aussi lieu à la dégustation des premières charcuteries de l’hiver, un moment attendu par les familles.
  • Pâques et la fête-Dieu : Les processions pascales, ornées de branches d’olivier et de fleurs du maquis, marquaient l’arrivée du printemps. La Fête-Dieu, souvent célébrée en juin, voyait les rues décorées de tapis de pétales colorés et des reposoirs dressés sous les porches.
  • La Saint-Jean (24 juin) : On plantait le « provençau », un pin dépouillé de ses branches, symbolisant la vitalité retrouvée de l’été. Dans certaines familles, la cueillette du millepertuis, réputé magique, prolongeait les festivités.
  • La fête patronale de la Saint-Roch (16 août) : Les archives municipales le confirment, chaque été, Villars-sur-Var célébrait la Saint-Roch pour demander la protection contre la peste et les épidémies. Messe, bénédiction des troupeaux, puis grand bal sur la place, ponctuaient ce rendez-vous central.

Les fêtes agricoles : vendanges, olives et partage

Au-delà du calendrier liturgique, les récoltes organisaient la vie collective. L’automne, la période des vendanges et de la cueillette des olives, était jalonnée de rituels festifs transmis de génération en génération.

  • Les vendanges (fin septembre à début octobre) : Alors que la vigne couvrait encore les pentes, le début des vendanges donnait lieu à un repas collectif, la « vendemia » (du provençal), rassemblant vignerons, voisins et amis autour d’une grande tablée, souvent sous la tonnelle ou les remises ouvertes.
  • La fête de l’huile nouvelle : Après la première pression des olives, en décembre, chaque famille portait un flacon d’huile fraîche à bénir lors de la messe. Les discussions allaient bon train pour savoir qui avait eu « la meilleure olivade » de l’année, et la dégustation de la « panisse » (pain grillé trempé dans l’huile) réunissait petits et grands.

Un fait marquant : Entre 1920 et 1950, la coopérative oléicole du village recensait plus de 200 familles adhérentes (source : « Villars sur Var, mémoire d’un village », Amicale des Anciens, 2007). À l’occasion de la fête de l’huile nouvelle, la salle du Conseil municipal accueillait parfois plus de 80 personnes pour le concours amical de la « meilleure cuvée ».

Le temps suspendu : foires, bals et jeux publics

Autrefois, trois grands rendez-vous attiraient non seulement les habitants, mais aussi les villages des alentours. Ils étaient à la fois incontournables pour l’économie locale et irremplaçables pour le lien social.

  1. La foire de la Sainte-Croix (15 septembre) : Dès le XVIIème siècle (source : Archives départementales des Alpes-Maritimes, série E), la foire réunissait marchands de bétail, producteurs de fromages et artisans. Il n’était pas rare qu’on vienne de Touët ou de Massoins pour y vendre ses noix ou échanger contre des outils neufs. Les enfants s’émerveillaient devant les tirages d’objets en bois ou les sucreries foraines.
  2. Le grand bal (fête nationale ou patronale) : Les bals sous les platanes — parfois improvisés avec un orchestre venu de Nice ou d’Entrevaux — restaient dans la mémoire de plusieurs générations. On rapporte que dans les années 1930, le bal pouvait rassembler jusqu’à 400 personnes, alors que Villars sur Var comptait moins de 800 habitants.
  3. Les jeux publics : Courses en sac, tournois de boules, concours de quilles et même « courses à l’œuf » étaient organisés lors de ces dates festives. Ces jeux, ancrés dans la tradition méridionale, servaient d’occasion pour les familles de faire connaissance et pour les jeunes de se défier dans la bonne humeur.

Anecdotes et curiosités : traditions oubliées, rituels insolites

En marge des grandes fêtes, le village connaissait aussi des coutumes plus discrètes, parfois réservées à une poignée d’initiés ou à certaines familles.

  • Les “Cachiaferri” : La nuit de la Saint-Sylvestre, quelques adolescents allaient frapper aux portes en agitant des sabots remplis de cailloux pour « chasser les mauvais esprits » de la nouvelle année. En échange, ils recevaient des marrons grillés ou des figues sèches.
  • Le feu de la Saint-Jean : Avant d’être interdit dans les années 1960 pour risque d’incendie, il était courant d’enflammer de grands feux sur la place, autour desquels on sautait pour se porter bonheur. Certains anciens posaient encore des herbes (thym, laurier) dans les braises pour parfumer l’air et éloigner la malchance.
  • Les “lou palhassou” : Pendant le carnaval, les enfants se déguisaient en personnages « palhassou » : habits de toile, chapeaux montés de papier journal, et allaient de maison en maison en chantant des comptines, récoltant œufs, noix et parfois un sou.
  • Dîners de la Toussaint : Il était coutume de mettre la table pour les morts le soir du 1er novembre, en installant un couvert supplémentaire au nom des défunts de la famille, et de déposer des lampions aux fenêtres. Une façon de mêler recueillement et convivialité, encore vivace dans certains foyers jusqu’aux années 1970.

Fêtes religieuses et processions : entre piété populaire et mémoire collective

La procession et la prière collective relevaient à la fois de la spiritualité et de la protection du village contre les aléas du temps. Plusieurs processions donnaient lieu à des manifestations publiques particulièrement suivies :

Date Fête Spécificités à Villars sur Var
5 août Notre-Dame-des-Neiges Procession vers la chapelle du même nom, chants traditionnels provençaux, pique-nique sous les oliviers.
8 septembre Nativité de la Vierge Offrande de bouquets sauvages à l’église, prière pour la protection du village.
Vendredi Saint Chemin de croix Marche en silence, arrêt à chaque oratoire, transmission orale des anciennes prières.

Transmission, transformation et renouveau : la mémoire en partage

Si bon nombre de ces fêtes ont aujourd’hui disparu du calendrier officiel, bien des familles de Villars sur Var perpétuent certains gestes et recettes, sinon le faste des processions d’antan. Ces rituels ressurgissent parfois à l’occasion d’une fête associative, d'une conférence ou à l’initiative de villageois attachés à la préservation du patrimoine immatériel local.

Par exemple, l’organisation d’une « Festioun de la vendemia » par l’association Villars en Fête, relance régulièrement le goût de la fête collective ; on assiste alors à la renaissance de vieux jeux ou à la dégustation du vin nouveau sous l’œil des anciens.

La transmission orale, au détour des conversations sur la place, laisse parfois émerger des chants oubliés, des recettes de fougasse ou des astuces de récolte qui donnent ce supplément d’âme au village. Villars sur Var continue ainsi de tisser, à sa manière, une identité faite de souvenirs partagés, de gestes retrouvés et de petites fêtes improvisées, en hommage à une tradition jamais tout à fait éteinte.

Pour aller plus loin sur l’histoire locale :

  • « Villars sur Var, mémoire d’un village », Amicale des Anciens, 2007
  • « Les traditions populaires des Alpes-Maritimes », Marcel Baudoin, Les Alpes de Lumière, 1999
  • Archives départementales des Alpes-Maritimes, série E et O

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