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Le calendrier festif au cœur de la vie villageoise

Avant que le temps ne soit régi par le numérique et la routine moderne, à Villars sur Var comme dans bien des villages, la temporalité collective était cadencée par le retour fidèle des saisons. Les célébrations saisonnières structuraient alors la vie sociale, économique et religieuse. À chaque passage du calendrier, une fête, une bénédiction, un marché, marquaient l’avancée de l’année et soudaient la communauté.

À Villars sur Var, jusqu’aux années 1960, le calendrier traditionnel égrenait une riche succession de temps forts tout au long de l’année, souvent en lien direct avec l’agriculture et le climat local. On ne choisissait pas ces fêtes, on les vivait ensemble : elles étaient à la fois pause, réconfort, repère et moteur d’entraide.

Printemps : la promesse de renouveau

La Saint-Joseph et la sortie de l’hiver

Célébrée le 19 mars, la Saint-Joseph lançait véritablement le cycle des festivités. Cette date, repère incontournable, sonnait la fin de la rigueur hivernale. À Villars sur Var, les familles se pressaient à la chapelle Saint-Joseph : on y bénissait non seulement les personnes, mais aussi les outils agraires, dans un geste mêlant foi et anticipation paysanne. C’était le temps de la première cueillette des herbes sauvages, dont la réputée bourrache, ingrédient rare pour les omelettes de saison.

Autour de cette fête, des travaux collectifs s’organisaient pour remettre en état les canaux d’irrigation (appelés béal en provençal). Parfois, ceux qui en avaient le temps se lançaient dans l’entretien des restanques, ces murs de pierres sèches si caractéristiques de la vallée. Ce printemps-là, la solidarité se traduisait dans l’effort autant que dans la joie.

Pâques, partage et transmission

La fête de Pâques, au-delà de sa dimension religieuse, était surtout un immense rendez-vous familial. On y retrouvait des coutumes culinaires qui se sont parfois perdues. À Villars, on préparait des fougasses au sucre ou à l’anis, parfois décorées de feuilles fraîches. Les enfants, panier au bras, partaient tôt chercher les premiers œufs pondus du printemps. Selon l’INA, la tradition provençale du “jeu des œufs” consistait à heurter les œufs des autres pour élire le champion de l’année.

Été : célébrer la fertilité et la lumière

La Saint-Jean, feu et fraternité

Le 24 juin, la nuit la plus courte de l’année, la Saint-Jean constituait le point culminant de l’été villageois. On s’y préparait des jours à l’avance. Les enfants parcouraient la campagne pour ramasser du bois sec ; le soir venu, un grand feu était dressé à l’écart du village, bien en vue pour tous. C’est autour de ce brasier, purificateur selon la tradition, que jeunes fiancés et anciens du village dansaient, chantaient et sautaient par-dessus les flammes, pour la chance et la bravoure.

  • On accrochait des bouquets de millepertuis et de menthe autour des maisons comme porte-bonheur.
  • La collecte de l’eau de la Saint-Jean, réputée protéger toute l’année, faisait l’objet de croyances partagées de Nice à Digne (source : Mistral, Dictionnaire du Félibrige).
  • Cette nuit-là, les frontières entre générations s’effaçaient : tout le monde participait, des jeux d’enfants aux histoires racontées par les aînés à la lueur du feu.

Les feux de la Saint-Jean symbolisaient le solstice et la puissance du soleil, mais ils étaient aussi l’occasion de se rappeler que la fertilité des terres et la santé des troupeaux dépendaient de l’harmonie entre les hommes et leur environnement.

Les marchés d’été et la moisson

Juillet et août voyaient s’installer les petits marchés de producteurs : abricots, cerises, puis tomates et légumes d’été, ainsi que les premiers raisins. Mais la fête principale restait celle de la moisson, que certains anciens nomment encore “le repas des gerbes”. Aucune date fixe : la fin des récoltes menait spontanément les familles à partager un banquet sous les platanes, arrosé des premières bouteilles de rosé local.

Chaque famille contribuait d’un plat : tourtes, pain frais, herbes séchées, fruits en abondance. À travers la moisson se célébrait surtout la reconnaissance envers la terre nourricière, dans un climat où la sécheresse pouvait, certaines années, briser tout espoir de récolte. Selon les archives de l’INSEE sur la ruralité provençale, une année sur sept, jusqu’aux années 1960, la récolte était jugée “insuffisante” en raison de la sécheresse ou de la grêle.

Automne : la saison des retrouvailles

La bénédiction des vendanges

Aux premiers jours d’octobre, la fin des vendanges était saluée par une procession jusqu’à la petite chapelle du village voisin – jusqu’en 1975, tous les villages alentour y participaient, témoigne Madame Louise, doyen de Villars sur Var. On bénissait une grappe de raisin, que l’on conservait ensuite séchée au-dessus de la cheminée, signe de prospérité.

Après la messe, un repas était servi dans la grande salle municipale ou sous un barnum, selon la météo. Les discussions allaient bon train autour des volumes récoltés : en 1957, année de grande sécheresse, les chiffres du service agricole des Alpes-Maritimes évoquent une production divisée par trois par rapport à la normale.

La castagnade, un festival du goût

Plus tard, à la fin du mois d’octobre, venait la castagnade (fête de la châtaigne), symbole de l’automne méditerranéen. Dans chaque foyer, on grillait les châtaignes ramassées sur les pentes du Mont Vial, une tradition toujours célébrée, bien qu’ayant perdu sa dimension première d’indispensable réserves alimentaires pour l’hiver. On raconte, selon les souvenirs de l’abbé Aubert (années 1930), que cette “fête des châtaignes” voyait parfois des bals improvisés, et qu’il était d’usage de partager un petit verre de vin cuit ou de liqueur de thym, simple et chaleureux.

Hiver : survivre ensemble, célébrer l’ombre et la lumière

Noël et la bûche, point d’orgue de la solidarité

À Villars sur Var, la veillée de Noël réunissait jadis tous ceux restés au village pendant la morte saison. Si la crèche faisait bonne place aux santons locaux – parfois sculptés en famille dans du bois d’olivier – l’attention se portait surtout sur le partage du pain et de la fameuse bûche de Noël (“lou caché-fiò”, selon le parler du haut-pays).

Dans la nuit du 24 décembre, le plus jeune de la maison, accompagné de l’aïeul, faisait trois fois le tour du feu avant de déposer la bûche dans l’âtre, puis récitait une prière provençale. Ce geste symbolique, attesté dans l’ethnographie régionale (Provence, guide de la tradition populaire, J.P. Vigne), visait à garantir abondance et joie pour l’année à venir.

Les fêtes des Rois et le cycle du partage

En janvier, l’Épiphanie introduisait la traditionnelle galette des Rois souvent remplacée, dans le haut-pays, par une couronne briochée à la fleur d’oranger. Celui qui tombait sur la fève avait la charge d’organiser la prochaine petite fête de voisins, prolongeant ainsi la période de partage jusqu’à la Chandeleur.

Ce que les célébrations saisonnières disaient du village

Ces rendez-vous n’avaient rien d’anodin : ils étaient la trame même de la société villageoise. On y lisait la souplesse de l’organisation collective – un savoir-faire de l’entraide. La fête venait ponctuer les grands travaux, apaiser les tensions, renforcer les liens intergénérationnels et transmettre un patrimoine immatériel aujourd’hui reconnu par l’UNESCO sous la notion de “patrimoine culturel vivant”.

  • La solidarité au quotidien : lors de l’entretien des canaux, chacun prêtait main-forte, sans attendre de retour.
  • La transmission orale : les comptines, contes, recettes étaient partagés durant ces moments.
  • L’adaptation : calendriers modifiés selon les récoltes, rituels adaptés à la météo ou aux situations exceptionnelles (épidémies, guerres).

De nombreuses archives communales, ainsi que le recueil Fêtes et coutumes du Comté de Nice (éditions Serre, 1986), témoignent de la diversité et de la vivacité de ces célébrations locales.

Entre mémoire et renouveau : quelles traces aujourd’hui ?

La plupart de ces célébrations traditionnelles se sont transformées : le calendrier rural a cédé la place à un agenda culturel allégé, parfois davantage tourné vers l’animation touristique ou l’activité associative. Cependant, des réminiscences subsistent : la castagnade renaît chaque automne, le marché de Noël réunit toujours les familles, la Saint-Jean reste, lors de certaines années, synonyme de rassemblement autour d’un feu.

La transmission se poursuit, mais elle se joue aussi dans les détails du quotidien : une recette, une histoire de vendanges, un geste lors du nettoyage du béal, ou encore le respect des rythmes saisonniers dans le jardin partagé du village. Villars sur Var démontre, à sa façon, que la force de ces célébrations résidait tout autant dans la fête que dans la capacité à faire corps face aux saisons, en hommage à la terre et à l’humain.

Pour aller plus loin : les archives municipales, la Médiathèque du Pays Niçois, le site INA et les récits collectés auprès des aînés sont une source inépuisable de découvertes pour qui souhaite, encore aujourd’hui, sentir battre le cœur singulier du village à travers ses saisons.

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