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Aux sources de la fête votive : l’hommage aux saints protecteurs

Dans la mémoire collective de Villars sur Var, la fête votive occupe une place particulière, subtilement différente des autres festivités estivales. La tradition, partagée par des centaines de villages provençaux, plonge ses racines dans l’époque où chaque communauté cherchait la protection d’un saint et affirmait son identité à coups de cloches, de processions et de convivialité.

Ici, le culte de saint Jacques, patron du village, se mêle à d’autres influences. Le choix de la date – généralement le dernier week-end de juillet – n’est pas anodin : il marque, en Provence, la période des moissons et, dans le calendrier catholique, la fête de saint Jacques-le-Majeur (25 juillet). La fête votive, nous rappelle l’abbé André Laurenti dans ses chroniques paroissiales, c’était jadis un temps suspendu entre le recueillement religieux et la liesse populaire.

Un rituel immuable… ou presque

Si la fête votive s’est transformée au fil des décennies, elle reste, dans ses grandes lignes, fidèle à un enchaînement de moments-clefs qui constituent une sorte de scénario invariable, reconnaissable d’une année sur l’autre.

  • Procession et messe en l’honneur du saint patron
  • Bénédiction du village, avec passage devant des oratoires dédiés
  • Apéritif communal sous les platanes
  • Jeux pour enfants et adolescents : course en sac, concours de pétanque, tombola
  • Grand bal populaire sur la place du village
  • Dégustation de spécialités locales (souvent pan bagnat, barbes à papa, rosé du pays…)
  • Clôture parfois par un feu d’artifice modeste, mais inoubliable sous les étoiles du Haut-Pays

Au fil du temps, l’association organisatrice, toujours portée par un solide groupe d’habitants, a adapté le programme : autrefois par exemple, le tir à la corde attirait les robustes travailleurs agricoles de la vallée ; aujourd’hui, ce sont surtout les familles et les amateurs de traditions qui se retrouvent pour un concours de boules sous la brume légère d’un soir de juillet.

Chronologie d’une réussite : l’évolution d’une tradition locale

  • Années 1900-1920 : La fête votive, centrée sur la messe et la procession, voit se succéder danses traditionnelles provençales, banquets simples mais copieux, et une foire agricole sur la placette. La cloche sonne trois grands coups pour donner le signal du début des réjouissances.
  • Après-guerre : On observe un mélange de rites anciens et de touches de modernité : bal avec orchestre, théâtre en plein air. Beaucoup de jeunes partis travailler en ville reviennent exprès pour la fête. La population du village double le temps d’un week-end – un vrai événement démographique pour la commune !
  • Depuis les années 1980 : Apparition du karaoké, du tournoi de foot intergénérationnel, mais aussi d’animations pour enfants. La fête s’ouvre, accueille désormais estivants et nouveaux habitants, créant une mixité rare dans l’année.
  • 2020-2023 : Pandémie oblige, la fête connaît des aménagements : distance sanitaire, limitation du nombre de participants, mais pas d’interruption totale – la procession et la bénédiction, à effectif restreint, ont été maintenues, conservant le lien entre générations.

La fête votive et les métiers du village

La fête est aussi une vitrine des métiers et savoir-faire locaux : vignerons, fromagers, apiculteurs, artisans du bois… Les produits du terroir s’étalent sur des étals improvisés. Les agriculteurs se retrouvent pour présenter leur récolte – melons, pommes, courgettes, miel, et parfois des fromages de chèvre tout juste moulés – un clin d’œil aux anciens marchés du village, où la transaction était aussi l’occasion de s’informer, de parler politique ou météo.

On se souvient encore, dans les années 1950, de la charrette tirée par les mules de la famille Maurel, remplie de gerbes de blé et de paniers de fruits, qui ouvrait le cortège après la messe. Aujourd’hui, les voitures décorées prolongent cette tradition, tout en traduisant les évolutions du village.

Anecdotes et visages de la fête

La fête votive, à Villars, c’est aussi une galerie de portraits : André Ginoux, le doyen, n’a manqué aucune édition depuis 1947. Chaque année, il se mêle aux enfants lors du tir à la corde, racontant – à qui veut l’entendre – comment son père portait jadis la bannière du saint patron. Autre figure : madame Casanova, doyenne des convives lors du banquet, qui prépare encore chaque année une tarte aux abricots dont le secret se transmet entre générations.

Ce sont aussi les bénévoles, anonymes ou pas, qui montent la scène, servent les boissons, encadrent les jeux. La fête votive, à Villars, ne se contente pas de faire rayonner le village : elle est possible parce qu’elle se construit, chaque été, à la force du collectif.

Moments marquants et mythes locaux

  • La pluie salvatrice : En 1965, la fête débute sous une pluie torrentielle – contre toute logique, le bal n’est pas annulé. Certains y voient la bénédiction du saint patron, la sécheresse de l’été s’achevant (archives "Nice-Matin").
  • L’évasion des cloches : Les anciens racontent encore qu’un soir de fête votive, des enfants du village étaient partis cacher la petite cloche de l’oratoire. La messe fut retardée, mais le rire du curé résonne encore dans la mémoire collective.
  • Le Marathon du pain bagnat : En 2016, lors de la soirée du samedi, un record : plus de 400 pains bagnats servis sur la place, dont une version “géante” de plus d’un mètre de diamètre, le tout arrosé de rosé local (source : Comité des fêtes).

Une fête, miroir de son village

La fête votive synthétise bien plus qu’un simple événement festif. Elle révèle la capacité de Villars à rester lui-même, chaleureux, uni, ouvert, tout en évoluant. Elle continue de transmettre un patrimoine vivant – mélange de ferveur, de partage et de créativité – qui rend le village unique.

Au-delà de la tradition religieuse inaugurée sous la Révolution française (quand les fêtes patronales furent maintenues malgré les soubresauts politiques, Source : Archives départementales des Alpes-Maritimes), la fête votive s’est adaptée aux changements de la société villageoise. Elle est devenue le rendez-vous des générations, des familles éclatées réunies, des urbains en quête de racines.

Tantôt foire agricole, tantôt bal des retrouvailles, toujours moment de joie partagée, la fête votive de Villars sur Var, par sa longévité et sa capacité à rassembler, continue d’écrire, à chaque édition, un chapitre de l’histoire vivante du village.

Pour aller plus loin : documents et curiosités

  • Chroniques paroissiales de l’abbé Laurenti (archives Gallica, BNF)
  • Programme annuel distribué par le comité des fêtes (disponible en mairie et à l’office de tourisme)
  • Articles de Nice-Matin sur la fête votive de Villars depuis 1973
  • Recueil de témoignages de villageois (association Mémoire en Haut-Var)
  • Galerie photo de la fête votive : voir la rubrique dédiée sur ce site

À qui n’a jamais vécu une fête votive à Villars sur Var, le rendez-vous est posé : c’est le moment de goûter, le temps d’un week-end, à l’âme et à la mémoire d’un village, à la croisée de l’histoire, de l’amitié et du plaisir partagé.

En savoir plus à ce sujet :

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