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Villars-sur-Var : des fêtes enracinées dans la mémoire collective

Au cœur de l’arrière-pays niçois, Villars-sur-Var n’a jamais cessé d’être un village vivant, rythmé par les saisons, les récoltes, et surtout… par ses fêtes. Loin de n’être que des divertissements, ces moments collectifs étaient au fil du temps porteurs de coutumes – singulières parfois, universelles souvent – qui racontaient l’organisation sociale, la vie agricole, la religion populaire, ou encore l’identité locale. Si certaines se sont perdues, d’autres ont discrètement survécu ou font l’objet de petits renouveaux. Les lignes suivantes reviennent sur des coutumes autrefois pratiquées lors des fêtes du village, à travers des témoignages d’anciens, des archives et quelques recherches régionales.

Le calendrier festif : repères et symboles

La vie à Villars-sur-Var, jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, était scandée par des fêtes qui correspondaient souvent à d’anciens repères agricoles ou religieux :

  • Fête patronale de saint Jean-Baptiste (24 juin)
  • Fête de la saint Roch (16 août), protecteur contre la peste
  • La Chandeleur
  • Carnaval, avant le Carême
  • Fêtes votives, souvent liées à l’histoire des séismes ou des épidémies

À chaque date, ses usages. Aujourd’hui, la fête de la saint Jean-Baptiste perdure, mais son atmosphère n’est plus tout à fait la même qu’autrefois…

Processions et bénédictions : au cœur de la piété populaire

Une empreinte forte des fêtes anciennes réside dans la piété populaire. Les processions, véritables déambulations rituelles, réunissaient la quasi-totalité des habitants. On portait la statue du saint patron, qu’on ornait de fleurs du village – souvent des genêts ou du lys martagon, cueillis à la fraîche.

  • En tête, la bannière du village, brodée main.
  • Les enfants de chœur, suivis de la fanfare locale (avec cor et tambourin).
  • Les villageois, rangés par familles ; les femmes, souvent en costume sobre (la “coule”, cape noire ou bleue), les hommes avec leur ruban à la boutonnière.

Le curé bénissait la fontaine, ou une borne – selon l’emplacement choisi cette année-là. Une anecdote recueillie auprès de Mme Alexandra M., âgée de 89 ans : “On poursuivait parfois la procession jusque dans les champs, pour bénir les récoltes, surtout en année difficile. On disait que ça allait rendre le blé plus haut et éloigner la grêle.” (témoignage collecté lors d’une causerie au Cercle, 2022)

Pique-nique, partage du pain et vin du village

La fête ne se vivait pas qu’à l’église ou sur la place publique. Un des temps forts était le pique-nique collectif. Dès le XIXe siècle, et jusqu’aux années 1950, il était d’usage d’apporter un pain “bénit” par famille – grand, rond, parfois orné d’épis façonnés dans la pâte. On le partageait sur des nappes tendues, accompagnés du “vin du pays”, tiré dans la treille ou la cave familiale.

Quelques éléments typiques retrouvés dans les récits locaux :

  • Des tourtes aux blettes ou à la courge (selon la saison)
  • Des œufs durs, symboles de renouveau et de fortune
  • Des figues, récoltées le matin même
  • Des socca ou polenta, partagées en grandes parts avec les voisins

Au XXe siècle, les familles devaient selon la tradition “ne rien rapporter à la maison qui ait appartenu au pique-nique”, signe de générosité et de bonne augure pour la prochaine récolte.

Jeux et concours populaires : l’art de l’adresse et du rire

Avant l’ère des manèges électriques, la fête de Villars-sur-Var rimait avec jeux simples, mais codifiés. Les anciens se souviennent de véritables championnats d’adresse :

  • Le jeu de la quille (qui a laissé place à la pétanque) : alignement de quilles en bois, frappées à la boule. La légende locale prétend que Jules Carles aurait remporté trois années d’affilée le grand tournoi…
  • Le jeu de la corde, concurs entre quartier bas et quartier haut, là encore avec beaucoup de rivalité bon enfant.
  • Les courses en sac (ou “burlane”), pratiquées par les enfants. Le vainqueur remportait un panier garni de pêches, d’amandes et parfois une “pignate” de pâtes fraîches.
  • Lâcher de pigeons, pour la saint Jean : les jeunes préparaient soigneusement leurs volatiles.

Au détour des journaux anciens, Le Petit Niçois (édition de juin 1936) mentionnait une “ruée des enfants pour la farandole du ruban”, jeu d’adresse autour d’un maypole provençal improvisé (“arbre de mai” décoré de rubans colorés).

Musiques, danses et veillées : quand le village se rassemble

La musique accompagnait naturellement les temps forts. Accordéon, fifre, tambourin et violon étaient les instruments rois. Des chanteurs à la voix rocailleuse lançaient la “nicarda” – chanson satirique, où l’on taquinait gentiment les personnages marquants du village, parfois sur des airs connus. L’Association Occitanica recense d’ailleurs ces pratiques dans de nombreux villages de la haute vallée du Var.

  • Le quadrille, danse à quatre couples, ouvrait souvent le bal.
  • La farandole, enchaînement où se mêlaient anciens et enfants, marquait la fin de la soirée, serpentant de la place au lavoir.
  • Veillées au coin du feu, improvisées dans les maisons, où les aînés racontaient les histoires de la “bravada”, du “lou loup” (le loup), ou des “sorcières d’Entraunes”.

Les temps de veillée étaient aussi l’occasion de faire des rencontres ou de “nouer des alliances”, parfois même d’annoncer des fiançailles à venir sous forme de devinettes collectives – une tradition rapportée par Fernand Pasqualini, ancien instituteur local (ouvrage « Villars et ses traditions rurales », 2002).

Dessins éphémères, bougies et autres rituels du feu

Parmi les manifestations les plus visuelles, le feu occupait une place centrale, surtout à la saint Jean mais aussi lors de la Chandeleur :

  • Le feu de la Saint-Jean : bûcher dressé en surplomb du village, embrasé à la nuit tombée. Les jeunes sautaient parfois par-dessus la flamme (réputée porter chance si on ne brûlait pas le bas d’un pantalon !).
  • Éparpillement de cendres au matin, censé protéger potagers et ruches contre les maladies.
  • Réalisation de “mandalas” ou dessins éphémères à la cendre, retrouvés dans les récits montrant l’influence du culte provençal.

Toujours selon les mémoires des familles, en particulier chez les aînés de la rue Centrale, chaque enfant récupérait une petite braise pour “abriter la maisonnée des esprits” en rentrant chez lui.

Déguisements, charivaris et satire populaire

Le temps du Carnaval (autrefois nommé “Caramentran”) autorisait quelques excès. Le fameux charivari – vacarme organisé devant la maison d’un veuf qui se remariait, ou d’un couple “tardif” – mêlait casseroles, sifflets, et chansons peu flatteuses mais jamais méchantes. Les travestissements avaient aussi leur règle :

  • Le port du masque, loup ou « polichinelle » glorifie l’esprit facétieux du village.
  • La “chasse à l’ours” se déroulait en marge, souvent prétexte à courir les ruelles – une version locale évoquée dans “Mémoires d’Azur” (ouvrage collectif, 1985).

Ces rituels de dérision étaient aussi, paradoxalement, des moments d’intégration pour les nouveaux arrivants.

Les fêtes, un baromètre de la solidarité

Derrière les réjouissances, les fêtes anciennes étaient avant tout des occasions de renforcer l’entraide. Il était d’usage lors de mauvaises années de récolte que les plus aisés amènent plus de victuailles à partager, au bénéfice des familles éprouvées. Les collectes pour la coopérative agricole, formalisées en 1933 puis en 1954 (source : Archives départementales Alpes-Maritimes, cote 5M2/231), prolongeaient cette tradition de solidarité concrète.

Période Type de fête Particularité
Début XXe siècle Saint Jean, Saint Roch Processions, bal, partage du pain
Années 1930 Carnaval Déguisements, charivari, satire
Années 1950 Fête des récoltes Pique-nique collectif, musique

Vers un renouveau des traditions ?

La mémoire collective de Villars-sur-Var s’estompe mais ne s’efface pas. On observe aujourd’hui, à l’initiative de jeunes et d’associations, une volonté de faire revivre les jeux traditionnels (notamment lors des Journées du Patrimoine), de remettre à l’honneur les spécialités de la cuisine d’antan ou de réinventer le bal villageois en y mêlant anciens et nouveaux habitants. Les processions ne sont plus aussi cérémonieuses, mais la notion de partage, d’accueil, et le respect du passé se perpétuent à travers des gestes simples : la table dressée sur la place, le pain partagé, un brin de genêt offert en souvenir de la Saint-Jean.

Pour aller plus loin :

  • Archives Départementales des Alpes-Maritimes : archives.cd06.fr
  • Occitanica, inventaire du patrimoine vivant : occitanica.eu
  • Ouvrage collectif “Vivre aux villages des Alpes-Maritimes”, Presses du Midi, 1997
  • Fernand Pasqualini, “Villars et ses traditions rurales”, édition privée, 2002

Les fêtes d’ici, même transformées, continuent de rassembler et de porter un peu de cette mémoire joyeuse que les villageois ont tissée depuis des générations. Si vous avez des anecdotes ou objets anciens liés aux fêtes de Villars-sur-Var, n’hésitez pas à les partager en commentaire ou à contacter le blog : chaque souvenir aide à nourrir la mémoire vivante du village.

En savoir plus à ce sujet :

© villarssurvar.net.