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Un événement attendu : la Saint-Jean au cœur du calendrier villarois

Au fil des générations, les habitants de Villars-sur-Var ont tissé une relation particulière avec la fête de la Saint-Jean. Ce rendez-vous annuel, célébré autour du 24 juin, marquait l’entrée dans la saison estivale, bien avant que les vacances ou festivals modernes n’en dictent le tempo. Si dans de nombreux coins de Provence la Saint-Jean rimait avec grands feux, dans les ruelles de Villars-sur-Var, c’était toute la communauté qui se mobilisait autour de coutumes parfois ancestrales, ponctuées de musique, de prières et d’une convivialité authentique.

L’avant-fête : préparation collective et ingrédients secrets

Avant le grand soir, le village fourmillait : chacun, jeunes comme anciens, avait son rôle. Les préparatifs occupaient aussi bien la place centrale que les alentours. Quelques jours avant la fête, on voyait les enfants grimper les collines pour ramasser le bois sec, si précieux pour le bûcher. Les anciens racontent encore comment on allait “faire son fagot” avec des râteaux de genêt, du vieux cep de vigne ou même, certains soirs, un mobilier usé sacrifié au brasier.

  • Collecte du bois : l’affaire de tous, souvent conclue par un goûter improvisé.
  • Fabrication des couronnes de fleurs : lavande, immortelle, romarin, tressés par les femmes et les enfants.
  • Préparatifs gourmands : préparation de ganses, douceurs frites parfumées à la fleur d’oranger, vin local à tiédir près du feu.

Un détail amusant : dans les années 1930 et 1950, selon les récits conservés par certains villarois, on rivalisait pour apporter le plus gros morceau de bois, promesse d’un feu plus éclatant que celui du voisin. Preuve que, même en communauté, un soupçon d’esprit de compétition persistait !

Le rituel du feu de la Saint-Jean à Villars-sur-Var

Impossible de parler de la Saint-Jean sans évoquer le feu, élément phare et fédérateur de la fête. À Villars-sur-Var, c’est traditionnellement en fin d’après-midi que s’érigeait un bûcher sur la place du village ou dans une prairie à la sortie du bourg.

  • Allumage ritualisé : le maire ou le doyen du village enflammait le bûcher à la tombée de la nuit, souvent accompagné d’une courte bénédiction en provençal.
  • Sauts du feu : jeunes mariés, enfants et parfois même les anciens sautaient les flammes, croyant se garantir santé et bonheur pour l’année.
  • Chants et danses : “La Coupo Santo” et bien d’autres airs traditionnels résonnaient, entraînant farandoles et rires autour des flammes.

Les journaux locaux du début du XXe siècle tels que La Gazette niçoise évoquent la ferveur populaire, soulignant que jusqu’aux années 1970, plus de 200 personnes - soit l’essentiel de la population du village au recensement de 1968 (source: INSEE) - participaient à la veillée.

Symboles et croyances populaires autour de la Saint-Jean

La Saint-Jean n’était pas seulement une fête : elle était porteuse de croyances et de gestes transmis, parfois, sur plusieurs générations. Toute une symbolique entourait la cendre du feu, qu’on conservait précieusement, persuadé qu’elle protégerait les maisons des orages estivaux. Les baguettes ayant servi à attiser les flammes étaient glissées discrètement dans les greniers ou les écuries, en gage de fécondité ou pour tenir à l’écart le mauvais œil.

Une autre tradition, relatée dans La Provence d’Antan (éditions Sud Ouest), voulait qu’à minuit certains garçons jettent au feu une brindille marquée à leur nom, espérant ainsi que les jeunes filles en repèrent la trace le lendemain, interprétant l’éclat des craquements comme un présage amoureux.

Tradition But/Signification Période témoignée
Ramassage du bois en famille Renforcer les liens, garantir un feu spectaculaire Jusqu’aux années 1980
Saut du feu Chasser les maladies, attirer la chance Jusqu’à aujourd’hui (sous une forme modernisée)
Récupérer la cendre Bénir les maisons, éloigner la foudre Disparu dans les années 1990
Couronnes de fleurs Prospérité, amour, protection Dès le XIXème siècle

Une fête sous le signe de la transmission et du partage

La Saint-Jean représentait un moment où petits et grands oubliaient les soucis quotidiens. La fête renforçait les liens, favorisait les rencontres et la transmission orale des histoires villageoises. Pendant le festin pris en pleine rue, entre fromage de pays et pain à l’anis, circulaient vieux contes et souvenirs de l’époque où, enfants, les anciens n’avaient pour distraction que les veillées d’été. Selon les notes recueillies auprès du Cercle des Amis de Villars-sur-Var, le récit de la “flamme de Saint-Jean retrouvée” en 1944, après les années noires de guerre, reste gravé dans bien des mémoires : des habitants avaient caché du bois pour préserver la tradition, malgré les privations.

Il était courant que les familles accueillent voisins ou visiteurs de passage pour partager le repas. Chacun apportait quelque chose : charcuterie locale, figues fraîches, fromages de chèvre, gâteaux maison. Cette hospitalité spontanée distinguait Villars-sur-Var des villages environnants, certains témoignant d’une véritable “course à la meilleure table” d’une décennie à l’autre.

La Saint-Jean aujourd’hui : rituels modernisés et mémoire vivante

Si des temps forts se perpétuent, la Saint-Jean a évolué. Le bûcher, désormais plus modeste, ne s’érige plus systématiquement sur la grande place (le respect des réglementations sur les feux, en vigueur depuis 1997, y oblige ; source : Préfecture Alpes-Maritimes). La fête s’est adaptée, intégrant parfois des balades nocturnes dans le massif ou des ateliers culinaires pour transmettre les recettes d’antan.

Le Comité des fêtes anime la soirée, souvent ponctuée de musiques actuelles mêlées aux airs traditionnels. Cependant, les habitants veillent à maintenir certaines touches d’authenticité : le partage du pain et la confection des couronnes de fleurs, en particulier avec les plus jeunes, sont autant de gestes de mémoire active.

  • Fête ouvertes : la population estivale (plus de 300 personnes en 2023, selon la mairie) y rejoint souvent les locaux.
  • Concours du plus beau gâteau : clin d’œil aux festins collectifs d’autrefois, revisités avec créativité.
  • Transmission orale : lectures publiques d’anecdotes et d’histoires recueillies auprès des anciens.

Saint-Jean Villaroise, entre flamme et mémoire

La Saint-Jean à Villars-sur-Var, c’est chaque année un moment à part, brasier ardent au cœur des souvenirs et des retrouvailles. Les coutumes évoluent, la société change, mais le désir de se rassembler et de célébrer l’été reste intact. En prenant le temps de se pencher sur l’histoire de cette fête, on entrevoit tout ce qui fait l’âme du village : une mémoire partagée, une convivialité sincère, et cette volonté, jamais démentie, de transmettre l’essentiel aux nouvelles générations.

Pour celles et ceux qui voudraient s’inspirer de ces traditions ou simplement raviver la flamme de la Saint-Jean, n’hésitez pas à échanger avec les habitants, à questionner les mémoires familiales — ou simplement à participer, l’an prochain, à la prochaine édition. Les feux de la Saint-Jean, à Villars-sur-Var, sont moins hauts que jadis, mais l’esprit, lui, ne s’est jamais éteint.

Sources principales : INSEE, La Gazette niçoise (archives départementales), La Provence d’Antan (éd. Sud Ouest), Cercle des Amis de Villars-sur-Var, Préfecture Alpes-Maritimes.

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