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La vigne et l’olivier : racines agricoles, racines culturelles

Villars sur Var, c’est d’abord un terroir, un relief où la main de l’homme a façonné le paysage. Historiquement, deux cultures ont dominé : la vigne et l’olivier. Jusqu’au milieu du XXe siècle, près de 80% des familles vivaient de leur production agricole (source : archives municipales de Villars sur Var). Quelques chiffres témoignent de cette empreinte :

  • En 1925, plus de 110 hectares de vignes et 45 hectares d’oliviers étaient recensés autour du village.
  • Le marché local proposait chaque semaine jusqu’à 300 litres d’huile d’olive. On venait de la vallée de la Tinée ou du Cians pour en acheter.

À Villars, la vendange était plus qu’un travail : une vraie fête communautaire. Les familles partageaient les pressoirs et l’on célébrait le fruit de la terre autour d’un grand repas, entre chansons occitane et rires sonores. L’huile d’olive, elle, était un trésor. On le conservait soigneusement, utilisé pour la cuisine, les lampes à huile, ou offert lors des mariages.

Les anciennes “restanques” (murets de pierres sèches) que l’on aperçoit aujourd’hui témoignent encore du patient modelage de la terre par ces cultures. Aujourd’hui, les oliviers centenaires bordent toujours les chemins, veillant sur la mémoire des gestes d’autrefois.

Fêtes calendaires et rituels : le temps des rassemblements

Villars sur Var a gardé la vivacité d’un calendrier festif marqué par quelques points d’orgue que l’on attend et prépare chaque année avec ferveur. Ces fêtes rythment encore la vie sociale et sont des moments où le village se rassemble, transcende les différences et perpétue une convivialité bien à lui.

La Saint-Clément et la Saint-Roch : saints protecteurs du village

  • Saint-Clément (23 novembre) : la fête patronale, la plus ancienne de Villars.
  • Saint-Roch (16 août) : autre figure centrale, invoquée historiquement contre la peste.

Les processions attirent chaque année les habitants et les “enfants du pays” revenus pour l’occasion. Autrefois, un cierge était allumé pour chaque famille et l’on bénissait le pain de chaque foyer. La musique résonnait sur la place, avec parfois la venue de musiciens venus de Puget-Théniers ou de St-Martin-d’Entraunes. Bien sûr, la fête se terminait par un grand repas, où soupe au pistou, agneau et tourtes sucrées s’invitaient à la table.

Carnaval, feux et traditions de passage

  • Le carnaval de Villars, bien que moins voyant que celui de Nice, était une explosion de couleurs et de farces. Masques en papier mâché fabriqués à la main, farandoles dans la cour de l’ancienne école, distribution de beignets au miel, chaque famille avait son rôle à jouer.
  • Les feux de la Saint-Jean : jusqu’aux années 1970, on installait un grand bûcher sur la place du village. Le feu avait une portée symbolique : purifier l’année, éloigner le mauvais œil. Jeunes et moins jeunes sautaient par-dessus les flammes, riant sous le regard bienveillant des aînés.

Langue et transmission orale : la force de l’occitan

L’occitan, dans sa variante niçoise, a longtemps été la langue maternelle de Villars sur Var. Les anciens utilisent encore quelques expressions, souvent en aparté, lors des discussions animées du marché. L’occitan liait le quotidien au merveilleux, la terre à l’histoire. Quelques dictons survivent :

  • “Mai la pluia di jouineu fague bouta pan” (Mieux vaut la pluie de janvier pour faire pousser le pain)
  • “A la festa, cadun se regala, mas es lo riban que ten la fertala” (À la fête, tout le monde s’amuse, mais c’est le fermier qui tient la férule)

Les veillées étaient l’occasion de transmettre ces paroles, mais aussi de raconter les légendes locales. L’une des plus connues est celle du “fantòume dau Vièlh Pont” : un esprit bienveillant, protecteur du vieux pont de pierre, qui guidait les voyageurs perdus dans la brume de la nuit.

L’école d’antan, installée dans la salle voûtée près du presbytère (aujourd’hui salle des associations), accueillait enfants et adultes pour des séances de lecture, où l’occitan cohabitait avec le français imposé par la IIIe République.

Mariage, deuil, naissance : coutumes familiales et solidarité

La famille est au cœur de l’identité villageoise, entourée de rituels parfois oubliés ailleurs.

  • Le “drap du Christ” : lors des funérailles, on recouvrait le cercueil d’un voile brodé transmis de génération en génération.
  • L’entrée de la mariée : le lundi précédant le mariage, la future épouse était accompagnée au lavoir par les femmes du village ; l’eau symbolisait la pureté et la chance. Les hommes, eux, dressaient une arche de lauriers devant la porte de la future maison.

À la naissance d’un enfant, une branche d’olivier était suspendue à la porte pour annoncer la bonne nouvelle – un geste de bienvenue autant qu’un porte-bonheur.

Savoir-faire et métiers : la main, la pierre, le bois

À Villars, la tradition ne se limitait pas aux fêtes. Elle se lisait aussi dans les gestes quotidiens, hérités des anciens, transmis parfois sans mot dire :

  • La maçonnerie des murets en pierres sèches : les “restanques” sont l’œuvre de générations d’ouvriers locaux. Un art qui demande patience, sens de la terre et respect de la main d’œuvre humaine.
  • Le travail du bois et de la vigne : chaque famille possédait son outillage, souvent fabriqué soi-même, et les connaissances passaient lors de chantiers collectifs, notamment pour entretenir les canaux d’irrigation (“béalières”).
  • Le pain : la boulangerie était une affaire collective. Jusqu’en 1954, chaque quartier disposait de son four à pain partagé, allumé une fois par semaine – le four banal, dont on retrouve la mention dans les archives du diocèse de Glandèves dès le XVIIe siècle.

Transhumance, foire et chasse : le rythme des saisons

Villars sur Var est aussi marqué par une tradition pastorale très forte. Jusqu’aux années 1960, la transhumance voyait les troupeaux de brebis partir vers la montagne de Mai à octobre. Les familles suivaient parfois tout ou partie de la procession, pique-niquant dans les prairies, surveillant la bergerie estivale.

  • La foire annuelle de la Saint-Michel (fin septembre) réunissait jusqu’à 70 éleveurs et commerçants venus du Var, de la Tinée et même de la Vésubie. C’était le temps des échanges, des mariages arrangés, des nouvelles du monde extérieur.

Le permis de chasse communal, délivré dès 1885, était aussi un sésame de convivialité. À l’automne, on mangeait la daube de sanglier préparée collectivement, plat emblématique mêlant venaison, vin local et heures passées à refaire le monde dans la cave des anciens.

Patrimoine immatériel : chants, danses et souvenirs

Les chants occitans rythmaient la vie : “Se canta”, “Lo fiòu de la montanha” ou des chansons d'amour narraient l’exil des jeunes partis travailler à Nice ou à Marseille. Les danses, elles, offraient le prétexte à la rencontre lors des bals populaires, souvent organisés sur la placette centrale. Les accordéonistes du village étaient fort appréciés : en 1958, on comptait trois bals par an, réunissant alors jusqu’à 120 personnes.

Les souvenirs de l’école républicaine restent aussi frais que ceux du marché du samedi, entre rire des écoliers et voix des marchandes de légumes. Ces moments partagés forgent une mémoire collective où se mêlent gravité, complicité et tendresse.

Quelles traces aujourd’hui ?

Nombre de ces traditions ont évolué ou se sont effacées, mais beaucoup subsistent, parfois réinventées. Les grands repas collectifs trouvent d’autres formes (repas des aînés, marchés de producteurs). Les veillées revivent au travers de soirées contées par l’association “Villars Mémoire et Culture”. L’identité culturelle du village ne cesse de dialoguer entre le passé et le présent, comme un fil tissé patiemment au gré des mains et des saisons.

Il suffit d’arpenter Villars, de parler avec les anciens ou de s’attarder sous la fontaine pour ressentir l’écho chaleureux de ces rituels. Comprendre ces traditions, c’est partager un peu de la vie du village, entre racines terriennes, pratiques solidaires et mémoire toujours vivante.

Sources : Archives municipales de Villars sur Var, “Villars sur Var, regards sur un village des Alpes du Sud”, éditions Gilletta, Association “Villars Mémoire et Culture”, INSEE, “Mémoire orale des Alpes”, projet Région Sud.

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