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Un village où les objets racontent

Au détour d’une ruelle, devant une porte en bois, sur le baudet d’un mulet ou à l’abri d’une cave à vin, des traces visibles et tactiles des anciens Villarois persistent. Les objets et savoir-faire qui ont traversé le temps témoignent d’économies du quotidien, d’habitudes pratiques et d’un rapport au monde rural qui lie encore le passé au présent. À Villars sur Var, ces vestiges ne sont pas de simples reliques : ils dialoguent, inspirent et, parfois, se réinventent.

Objets du quotidien : témoins fidèles de la vie paysanne

Certains objets usuels sont devenus rares ailleurs mais restent des repères locaux. Leur histoire retrace celle du village.

  • La coupe à olives et la table à frapper : De nombreux foyers conservent encore une coupe à olives en olivier, tournée à la main, et une petite table percée de trous pour « tapasser » ou débarrasser les olives de leur amertume. On y devine les longs hivers occupés au pressoir ou autour de la cheminée. La culture de l’olivier, très ancienne ici, couvrait plus de 55 % des terres exploitées du village au début du XXe siècle (source : Département des Alpes-Maritimes).
  • Les paniers marchands en osier : Fabriqués par les vanniers locaux, ils servaient à tout : ramasser les châtaignes, transporter le pain ou offrir les premières figues aux voisins. Leur robustesse était réputée dans la vallée, certains exemplaires datent du début des années 1900 et sont encore utilisés.
  • L’aïoli et son mortier : À Villars sur Var, chaque famille possède une version de ce mortier en bois tourné. Accessoire culinaire mais symbole aussi des moments collectifs – les “fêtes de l’ail” du village, où l’on se transmettait la recette, perdurent depuis la fin du XIXᵉ siècle.
  • La faucille et le coutre : Dans une époque où chaque parcelle de terre était cultivée, la faucille était l’outil-reine. Certaines, marquées d’initiales, se transmettent sur plusieurs générations.

Savoir-faire oubliés mais non perdus

Il subsiste à Villars sur Var des gestes précis qui sont devenus de véritables patrimoines immatériels. Plusieurs familles font perdurer ces pratiques, parfois discrètement.

La vannerie : l’art sous les doigts

Le village de Villars sur Var n’a jamais eu d’école officielle de vannerie, mais chaque génération comptait au moins un vannier ou une vannière. L’osier prélevé sur les bords du Var était façonné en paniers, mais aussi en coffres à linge, trappes à poissons et hottes de vendanges. D’après un recensement oral local (propos de Joseph G., doyen du village en 2023), il se fabriquait autrefois plus d’une centaine de paniers chaque automne.

  • Techniques locales : Les tressages en « croix de Savoie » typiques, encore reconnaissables sur certains paniers présentés durant les foires artisanales annuelles.
  • Le rôle des femmes : La majorité des vanniers étaient des femmes. Elles travaillaient à la veillée, les doigts tachés de sève.

La pierre sèche : façonner le paysage

Le travail de la pierre sèche trace le relief de Villars sur Var. Restanques, escaliers, abris de berger “borie” ou “cabanon”, tout cela construit sans mortier. Dans les années 1930, une enquête de la Société d’Études des Alpes-Maritimes comptait une centaine de kilomètres de restanques dans la vallée.

  • Utilisation : Soutenir les cultures en terrasse, guider l’eau, protéger des glissements de terrain.
  • Savoir-faire : Les pierres doivent s’emboîter parfaitement, chaque mur étant une sorte de puzzle. Un mur de restanque peut tenir plus de deux siècles si bien bâti.

Métiers disparus, gestes préservés

Plusieurs métiers structurent la mémoire locale.

Le muletier : roi des sentiers

Jusqu’au milieu du XXe siècle, le muletier formait un maillon essentiel. On trouve encore dans les greniers de vieilles bâtes, bâtons de marche, et grelots en cuir. Deux chemins muletiers reliaient Villars sur Var aux villages voisins, et jusqu’au marché de Puget-Théniers, permettant le transport de blé, de vin, d’olives, mais aussi de courrier.

  • Le balancier : Instrument de pesée rudimentaire pour équilibrer la charge sur le dos des bêtes.
  • Les ferrures à mulet : Forgées par le maréchal-ferrant local, personnalisées selon chaque animal.

Les métiers du bois et de la forêt

L’abondance de forêt a longtemps fait vivre plusieurs familles via :

  • Les charbonniers : Production de charbon de bois dans des “meules”, activité qui a duré jusqu’aux années 1960. Une “fête du charbonnier” avait encore lieu chaque été dans les années 1970, selon les archives du Musée départemental des Merveilles.
  • Les scieurs de long : Ils coupaient le bois debout à la scie passe-partout, travail harassant aujourd’hui tombé en désuétude.

Coutumes vivantes : fêtes, marchés et rites transmis

Au-delà des objets et métiers, certaines coutumes se perpétuent. Elles offrent des moments privilégiés pour voir ces savoir-faire en actes.

Le marché dominical : conservatoire du geste

Ici, même les allées du marché du dimanche recèlent des traces du passé.

  • Les vendeurs d’olives : Souvent issus de familles ayant des oliveraies centenaires, ils continuent à doser le sel ou à mariner selon des gestes hérités.
  • Le fromager fermier : Propose encore des tommes affinées “dans la cendre”, vieille technique permettant la conservation plusieurs mois, utilisée avant l’arrivée de la glacière électrique.
  • Le boulanger à four communal : Le four banal restauré, utilisé lors de la fête de la Saint-Laurent, attire chaque été une centaine de personnes pour la cuisson du pain comme “à l’ancienne”.

L’art du fil : broderie, dentelle et trousseaux

Quelques familles conservent précieusement des nappes brodées, dont le point de Villars sur Var, très fin, fut présenté à plusieurs reprises lors des Journées du patrimoine.

  • Le trousseau : Les jeunes filles constituaient leur trousseau dès l’enfance. Certaines nappes datent de 1880 et contiennent des motifs typiques : branches d’olivier, bleuet, épis de blé.

Des recettes, une mémoire gourmande

À Villars sur Var, les recettes transmettent aussi les anciennes coutumes.

  • “La soupe au pistou” : Plat majeur préparé lors des veillées d’été, avec des légumes du jardin et des haricots de variétés anciennes. Une soupe partagée à plus de 300 convives lors des éditions 2022 et 2023 de la fête d’été (source : La Mairie, programme officiel).
  • La fougasse sucrée à la fleur d’oranger : Spécialité à base de levain naturel, souvent cuite dans le four communal au moment des fêtes de Pâques.

Un patrimoine vivant, à transmettre

À Villars sur Var, l’objet ancien n’est jamais loin : il se cache sous une nappe brodée, s’expose lors d’un marché ou continue de servir dans le quotidien. Ces traces du passé ne sont pas seulement des souvenirs mais aussi des bases solides pour construire le présent. À chacun de continuer ce geste, d’entretenir un pan du savoir-vivre, pour que les coutumes de Villars sur Var racontent encore leur histoire demain.

Objet/Savoir-faire Âge estimé Utilisation passée Où l’observer aujourd’hui ?
Coupe à olives Début XXe siècle Stockage et préparation des olives Foyers anciens, foires artisanales
Méthode de la pierre sèche Plus de 200 ans Restanques, murets agricoles Chemins, restanques visibles en balade
Paniers en osier Fin XIXe, début XXe Récolte et transport Marché, expositions locales
Mortier à aïoli Début XXe siècle Cuisine familiale, fêtes Fête de l’ail, chez les anciens
Tricot et broderie Daté de 1880 pour certains exemplaires Trousseau, nappes, habits Journées du patrimoine, maisons familiales

Pour en savoir plus ou découvrir ces savoir-faire lors des prochaines manifestations, les associations patrimoniales locales ou le site de la mairie proposent régulièrement des ateliers et visites guidées.

Sources principales : Archives départementales des Alpes-Maritimes, Mairie de Villars sur Var, Musée des Merveilles, témoignages recueillis auprès d’habitants, programme officiel des fêtes et marchés.

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