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Une mémoire vivante au fil des saisons

À Villars sur Var, les traditions ne sont pas que des vestiges folkloriques à ressortir lors de quelques fêtes patronales ; elles sont l’ossature invisible du village. Elles imprègnent le quotidien, scandent l’année, transforment chaque saison en chapitre d’un récit commun. Du retour des troupeaux à la machina de la Saint-Laurent, chaque coutume raconte une histoire qui ancre la communauté sur ses terres et façonne la mémoire collective.

Des fêtes qui relient les générations

Les fêtes et rituels anciens persistent ici bien au-delà de l’effervescence d’un jour. À Villars sur Var, mentionner la « machina » de la Saint-Laurent, c’est évoquer ce char fleuri porté dans les rues du village chaque 10 août. Ce char, cliché souriant sur les albums de famille, s’apparente surtout à un fil qui relie les générations. Les enfants y jettent des pétales, les aînés veillent à la fidélité des gestes. La fête est religieuse, bien sûr, mais aussi familiale, intimement liée à la construction d’une appartenance.

  • La Saint-Laurent : Procession emblématique, elle attire depuis toujours les familles du village, mais aussi les « enfants de Villars » expatriés pour l’occasion.
  • La fête patronale de la Saint-Roch (16 août) : Proche dans le calendrier, elle incarne l’autre grand rendez-vous, autrefois marquée par une procession suivie de bals et de jeux traditionnels sur la vieille place (Source : Archives communales de Villars sur Var).

Les paroissiens et les voisins venus des hameaux alentours s’y retrouvent. Ces fêtes, au-delà de leur dimension religieuse, sont un prétexte précieux pour reforger les liens, raconter les mêmes histoires, transmettre des gestes précieux comme la confection de couronnes de buis.

La transmission par les gestes du quotidien

Les traditions ne vivent pas que dans la solennité des grands rassemblements. Il y a, au cœur de Villars sur Var, des gestes répétés chaque année ou saison, presque sans bruit, mais lourds de sens.

  • La taille des oliviers au printemps – geste ancestral transmis de génération en génération, il marque encore le rythme de nombreuses familles. Les anciens l’enseignent patiemment aux plus jeunes, expliquant comment respecter l’arbre autant que la récolte.
  • La culture de la vigne sur les restanques – héritage paysan forgé sur la pente. Même si les surfaces ont diminué depuis le XIXe siècle, quelques parcelles emblématiques (notamment au quartier de l’Échaudé) attestent de la persévérance de certaines familles (Source : INSEE, Recensement agricole 2020).
  • La préparation de la pichade villaroise – spécialité typique du village, différente de ses cousines niçoises ou mentonnaises, cette tarte salée garnie d’oignons, d’anchois et d’olives se transmet oralement, au hasard des cuisines ou des marchés.

La mémoire locale ne se perpétue donc pas seulement en mots, mais dans l’action, dans le partage modeste d’un savoir-faire qui défie l’oubli.

Petit panorama des traditions oubliées… ou presque

Plusieurs coutumes de Villars sur Var ont failli disparaître, souvent emportées par le siècle de la modernité, mais leur empreinte demeure dans les souvenirs ou les traces des plus anciens.

  • La « boumagne » : fête des premiers amandiers en fleurs. Jadis, groupes d’enfants partaient en balade pour saluer les arbres en fleur à la sortie de l’hiver, symbole de renouveau et d’espérance. On en retrouve parfois le souvenir dans les récits des personnes âgées.
  • La tradition des veillées : autrefois, lors des longues soirées d’hiver, les familles se réunissaient dans l’une des maisons du village pour raconter contes, histoires ou chanter en patois. Depuis l’après-guerre, cette coutume s’est raréfiée, même si quelques initiatives associatives tentent aujourd’hui de la ressusciter (Source : Collectif Mémoire-Racines 06).
  • Le « jeu du palet » : il existait jusque dans les années 1950 sur la place de la mairie une variante du jeu de boules pratiquée les dimanches. Il en subsiste une pierre ancienne, conservée par M. Barisone, dernier détenteur local de la règle originale.
Tradition Période Status actuel
Machina de la Saint-Laurent 10 août Vivante
Veillées hivernales Décembre - Mars Renaissante (initiative associative)
Boumagne (Fête de l’amandier) Fin Février - Mars Disparue
Jeu du palet Toute l’année (le dimanche) Disparue
Cueillette collective des olives Novembre - Décembre Vivante (diminution)

Le patois villarois, un fil fragile mais précieux

Dans chaque village alpin et provençal, la langue locale est un marqueur puissant de l’identité. À Villars sur Var, le patois d’oc, ou niçois, était la langue de la rue et des familles jusque dans les années 1950.

De nombreuses expressions, noms de lieux et chansons se sont transmis grâce à ce dialecte, parmi lesquels :

  • « Lou pié di bous » (le chemin du buis)
  • « La grapièra » (le petit champ de vigne en escaliers)

L’école de la République, la radio et la télévision ont accéléré son recul, mais quelques expressions perdurent dans la bouche des anciens, tout comme lors de lectures publiques organisées par le Cercle des Ainés. En 2017, une initiative de compilation des mots patoisants a permis de recenser plus de 250 termes spécifiques au parler villarois (Source : Association Occitane Pays Niçois).

Pourquoi ces traditions façonnent-elles la mémoire locale ?

Les traditions forment la colonne vertébrale de la mémoire collective, donnant chair à l’histoire locale. Plusieurs mécanismes sont à l’œuvre :

  1. Répétition sociale : chaque fête, chaque geste répété revient comme un point d’ancrage dans l’année. La mémoire individuelle se relie à la grande histoire villageoise.
  2. Transmissions intergénérationnelles : les adultes partagent des anecdotes, expliquent l’origine des symboles, intègrent les jeunes dans le déroulé des rituels. Ainsi, se raconte la légende du pain rond bénit jeté dans la rivière lors de la Saint-Roch pour garantir la protection du village.
  3. Marquage de l’espace : les lieux sont chargés de souvenirs rituels. La place de la mairie n’est pas qu’un espace vide, elle est traversée toute l’année par la mémoire des bals, des processions, des cris d’enfants enjoués.
  4. Adaptation : les traditions savent s’adapter. La machina de la Saint-Laurent, par exemple, a évolué : ce qui était autrefois une charrette décorée de fleurs séchées est aujourd’hui un char modernisé, mais l’esprit demeure.

Petites histoires, grandes émotions : anecdotes villaroises

  • L’an 1936, orage sur la fête patronale : Selon les archives d’Émile Ricci, un orage exceptionnel avait gâché tous les préparatifs de la machina. Les villageois avaient alors improvisé un défilé dans l’église même, décorant les chapelles de branches fleuries. Ce détournement joyeux est resté célèbre comme « la machina sotto piòvo » (la machina sous la pluie).
  • La foire aux chèvres : Il y a encore 50 ans, la grande foire annuelle du village rassemblait une bonne douzaine de producteurs locaux et souvent plus de 200 bêtes, selon les registres de la mairie. La disparition de cette foire dans les années 1980 a néanmoins laissé une empreinte forte dans la mémoire collective : plusieurs familles gardent aujourd’hui des photos ou médailles comme de petits trésors.
  • Le délai du sucre : Jusqu’en 1962, il n’était pas rare que les jeunes du village profitent des bals de la Saint-Roch pour « voler » du sucre aux marchandes et l’offrir comme gage d’amitié à leurs proches – une tradition à la fois espiègle et solidaire, rapportée par Le Petit Niçois, édition du 18 août 1954.

Entre enracinement et ouverture : l’utilité actuelle de ces héritages

Aujourd’hui, dans un monde d’échanges rapides et de mobilités fortes, on pourrait croire que ces coutumes appartiennent au passé. Pourtant, elles jouent un rôle essentiel dans l’intégration des nouveaux arrivants, la cohésion entre générations, mais aussi dans la valorisation du territoire (tourisme rural, produits locaux labellisés comme l’huile du pays, circuits courts).

  • Les marchés estivaux reprennent de vieilles habitudes : vente au panier, « tournée » des producteurs avec chant et dégustation.
  • La valorisation du lavoir à l’entrée du village, rénové en 2012, rappelle l’époque où il était un lieu de transmission de récits et de savoir-faire féminins.
  • Les ateliers d’occitan organisés les samedis de printemps : ils réunissent petits et grands dans la découverte du patrimoine oral et des contes locaux.

Regards croisés sur l’avenir des traditions villaroises

Loin d’être figées, les traditions de Villars sur Var s’inventent au présent. Leur transmission n’est pas automatique : elle dépend du désir, de l’attention, de la curiosité de chaque habitant. Mais tant qu’existeront des initiatives, des récits partagés, des fêtes unissant la communauté, la mémoire collective du village restera vivace – tissée de gestes anciens, de voix retrouvées, et de rêves qui se renouvellent, saison après saison.

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