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Des racines bien ancrées dans le quotidien

Tout village porte en lui la mémoire de gestes, de fêtes et de paroles transmis au fil des générations. Villars sur Var ne fait pas exception : située à la croisée des Alpes et du bassin méditerranéen, la commune s’est forgé une identité unique où la famille, la solidarité, la foi et la convivialité ont toujours eu une place prépondérante. Au-delà du folklore, ces coutumes structuraient la vie collective, donnaient sens aux saisons et marquaient les étapes essentielles de l’existence.

Quels étaient ces usages ? Comment se sont-ils transformés ? Plongée dans les habitudes qui faisaient battre le cœur du village, hier… et parfois encore aujourd’hui.

Famille et transmission : le cœur du foyer villarois

L’importance du cercle familial

Dans la montagne niçoise, la famille représentait le premier repère, au quotidien comme lors des temps forts. Jusqu’aux années 1950, il était courant de voir plusieurs générations cohabiter sous le même toit, dans la grande maison du village ou de campagne (lou casau). Autour de la table familiale, se transmettaient savoir-faire, récits, patois et recettes.

  • La veillée : Après le repas du soir, la famille se retrouvait pour filer la laine, écosser les fèves ou simplement discuter. Les enfants écoutaient les aînés raconter l’histoire du village, des anecdotes sur les famines du XIXe siècle (1882-1883 notamment, année de grande pauvreté locale) ou les exploits agricoles.
  • La transmission orale : Le dialecte régional, un provençal tourné vers le niçois, était souvent la langue de la maison. Les proverbes et dictons rythmaient les jours ; on disait, par exemple, “Un bout de pain jamais ne se jette, il porte la sueur des deux mains”.
  • L’entraide au quotidien : En cas de naissance, de maladie ou de moisson, la solidarité familiale et de voisinage primait. Prêter main forte était la règle, et la notion de “répandre la soupe” (partager le repas avec qui avait besoin) était bien ancrée.

Les célébrations et rites de passage

Côtés familles, plusieurs traditions marquaient les étapes clés :

  • Baptêmes et communions : Jusqu’aux années 1970, on célébrait le baptême à l’église Saint-Jean-Baptiste, suivi d’un repas où se servaient la soupe au pistou et la tarte aux pommes du pays. Les parrains et marraines s’engageaient moralement à veiller sur l’enfant (source : archives paroissiales de Villars).
  • Mariages : Ils donnaient lieu à de véritables “noces de village”, où presque tout le bourg était invité. Le cortège parcourait les rues, et la coutume voulait que les voisins versent de l’eau sur le sol, symbole de prospérité pour le couple. Le banquet lui-même était souvent improvisé chez la mariée.
  • Rituels funéraires : La veillée auprès du défunt durait jusqu’à l’enterrement, entre prières et souvenirs contés. Plusieurs familles veillaient à l’entretien des sépultures anciennes, encore visible au cimetière adossé à la colline.

Le rythme du village, au gré des saisons et du travail

Les travaux des champs, une affaire commune

Jusqu’à la modernisation progressive à la fin des années 1960, l’agriculture structurait la vie sociale. On travaillait la terre selon une organisation collective :

  • L’oustaou ou corvée de vendange mobilisait familles et amis : la vendange débutait avec l’aube, chantée et ponctuée de collations partagées. Les pressoirs étaient mis en commun, tout comme les premiers verres de vin nouveau.
  • La récolte de l’olivier (novembre-décembre) : chaque famille récoltait pour elle-même, mais l’entraide était de règle dès que la météo menaçait. L’huile obtenue servait jusqu’à la saison suivante.
  • La transhumance et les petits troupeaux : Jusqu’en 1940, quelques familles accompagnaient encore chaque printemps leurs chèvres ou moutons dans la montée vers le plateau de Dina. Une tradition aujourd’hui disparue.

Rythmes festifs et religieux

Fête / Événement Période Spécificités locales
Fête patronale de la Saint-Jean 24 juin Feux de joie sur la place, bal populaire, distribution de fougasses.
Fête de la Saint-Roch 16 août Procession, bénédiction des récoltes, danses folkloriques.
Noël et les 13 desserts 24-25 décembre Repas familial, crèche vivante, “gros souper” bibliché de légendes locales.
Carnaval Février Défilé des enfants costumés, bataille de confettis, fabrication de ganses “à l’ancienne”.

La religion structurait également le rythme social (>95 % des habitants étaient baptisés jusque dans les années 1980 ; source : INSEE, recensements anciens). Les rendez-vous dominicaux à l’église, le son de la cloche rythmaient la semaine, tout comme le passage du “sonneur” qui annonçait les veillées importantes.

La solidarité : un principe vivant au quotidien

L’entraide de voisinage

Sans services sociaux avant les années 1970, la bienveillance entre habitants était la clef de voûte du quotidien. Quelques pratiques anciennes :

  • Le “coup de main” pour bâtir une maison, réparer une toiture ou amener le foin.
  • La tournée de café offerte en hiver, quand tout le monde se retrouvait dans une cuisine lors de coupures d’électricité ou chutes de neige.
  • Le prêt d’outils et denrées (légumes, œufs) : noter que jusque dans les années 1960, moins de 20 % des familles villaroises possédaient leur propre four à pain (source : enquête orale recueillie auprès de Maurice M., 86 ans). Le four communal, restauré aujourd’hui, était ainsi un point de rencontre hebdomadaire.

Les sociétés et les rassemblements

  • La Société de Secours Mutuel (créée en 1889, disparue en 1965) offrait un soutien financier en cas de maladie ou de décès ; elle réunissait régulièrement les membres pour le partage d’informations et l’organisation de loteries de solidarité (Archives départementales des Alpes-Maritimes).
  • Le cercle des chasseurs et les confréries agricoles servaient aussi de lieux d’entraide, d’échanges de graines ou de discussions sur les meilleures façons de faire la “bouteilla” (cuvée annuelle de vin).
  • Les bals du village, qu’ils soient improvisés ou liés aux fêtes religieuses, renforçaient le sentiment communautaire, débordant parfois jusqu’aux villages voisins (Puget-Théniers, Massoins). De nombreuses histoires de couples villarois nés sous une lanterne de bal se racontent encore sur la place…

Une transmission vivante, entre permanence et adaptation

Les nouveaux visages des traditions

Avec l’arrivée du chemin de fer en 1928, puis l’ouverture de la route dans les années 1960, beaucoup de coutumes se sont adaptées aux nouveaux rythmes, aux emplois éloignés et à la modernité. Les grandes tablées sont devenues plus rares, la langue locale s’est effacée au profit du français, mais quelques traditions demeurent :

  • La fête de la Saint-Jean attire chaque année habitants et « villarois de cœur ». Le bûcher du village, allumé par les enfants, demeure un symbole fort de rassemblement.
  • Les marchés du samedi font perdurer la convivialité autour des produits locaux (agneau, fromage de chèvre, miel).
  • Les ateliers de cuisine proposés par l’association « Lou Vièi Village » permettent aux nouvelles générations de confectionner la célèbre fougasse ou la tourte de blette.

Anecdotes et histoires de transmission

De nombreux anciens se rappellent “l’aiguier” où, enfant, ils allaient chanter lors des grandes chaleurs, ou des “causeries” à la fontaine, à la sortie des écoles (classes regroupées jusqu’en 1975). Certains se souviennent aussi du passage annuel du colporteur, porteur de nouvelles du lointain ou du facteur distribuant des lettres de soldats pendant les guerres mondiales.

Aujourd’hui encore, lors des corvées pour entretenir le chemin d’Ilonse (tradition de “nettoyage collectif” maintenue un samedi d’avril), on entend les mêmes plaisanteries que jadis, preuve que l’esprit de Villars sait évoluer sans jamais tout oublier.

Sources et ressources

  • Archives communales de Villars sur Var : registres paroissiaux, bulletins municipaux (consultables sur place).
  • INSEE : Recensements 1851-1982, chiffres sur la population et les taux de baptêmes.
  • Alpes-Maritimes. Chroniques d’un village, Paul Silve, 2006.
  • Enquête orale, habitants de Villars sur Var, 2023 (merci à Maurice M., Simone R., Amandine P.).
  • Archives départementales des Alpes-Maritimes.

Perspectives : traditions en héritage, village en mouvement

Le fil de l’histoire villaroise n’est pas rompu : d’anciennes pratiques ressurgissent, portées par ceux qui font battre le cœur du village. Les coutumes familiales et sociales continuent à inspirer la vie collective, en offrant aux nouvelles générations un terreau fertile pour imaginer, ensemble, le Villars sur Var d’aujourd’hui et de demain.

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