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L’âme d’un village à travers ses objets sacrés

À Villars sur Var, le patrimoine religieux n’est pas seulement fait de pierres et de murs anciens. À l’intérieur des édifices, centenaires et humbles pour la plupart, réside toute une famille d’objets: croix séculaires, livres de messe enluminés, tableaux miraculés ou orfèvreries modestes mais précieuses. Chacun témoigne d’une histoire souvent méconnue, recueillie au fil des générations et des dévotions.

Passer la porte de l’église Saint-Jean-Baptiste ou d’une chapelle de quartier, c’est pénétrer dans un musée discret, où le sacré dialogue avec la mémoire collective. Que valent ces objets, comment sont-ils arrivés là, qu’ont-ils vécu ? Voici un tour d’horizon de ce qui sommeille à Villars sur Var, loin des inventaires formels mais au plus près de la vie du bourg.

L’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste, un joyau de conservation

Les retables du XVIIe siècle et leurs mystères

Classée Monument Historique depuis 1949 (Base Mérimée, Ministère de la Culture), l’église Saint-Jean-Baptiste est la gardienne de plusieurs pièces maîtresses. Parmi elles, trois retables originaires du XVIIe siècle, dont le plus remarquable en bois doré encadre le maître-autel. Il s’agit d’une œuvre attribuée à l’école ligure, marquée par une influence italienne sur la Côte d’Azur au tournant du XVIIe et XVIIIe siècle.

Habitués du village se souviennent d’ailleurs que ce retable principal a traversé la fameuse crue de 1926 sans subir le moindre dommage, tandis que le dallage et nombre de bancs furent emportés – anecdote rapportée dans l’Almanach du Comté de Nice.

Tableaux et fresques : images d’une foi persistante

Sur les murs, plusieurs tableaux sont recensés et présentés à la visite, notamment une Adoration des Mages datée de la fin XVIIe siècle, toile de belle facture récemment restaurée. Une attention particulière est portée à ces œuvres car elles témoignent du passage de maîtres anonymes, souvent italiens ou niçois, dont le style oscillait entre baroque rural et influences piémontaises.

En 2007, lors de travaux de consolidation, une fresque inédite a été retrouvée derrière le retable nord : une Vierge à l’Enfant du XVIe siècle, dont l'existence était jusqu’alors ignorée des paroissiens.

Reliquaires et objets processionnels : la mémoire en marche

Les reliques de Saint-Jean-Baptiste

Difficile d’évoquer les trésors liturgiques sans parler des reliques. L’église conserve dans un modeste mais soigné reliquaire doré un fragment d’os, attribué selon la tradition locale à Saint-Jean-Baptiste, patron du village, ramené de Rome au XIXe siècle par le curé Michel Arnaud.

Le transport du reliquaire à travers les rues lors de la procession annuelle est un moment fort pour la mémoire villageoise : un événement qui rassemble encore, comme en témoignent les photographies d’archives affichées discrètement dans la sacristie.

Objets de procession anciens

Dans la sacristie sont encore conservées deux grandes croix de procession en bois laqué noir, gainées d’argent à leurs extrémités. L’une d’elles porte la date de 1862. À côté, une cloche de table en bronze, frappée d’une inscription latine, servait à rythmer les mouvements lors des chants grégoriens.

Le patrimoine des chapelles rurales : trésors cachés et popularité retrouvée

Chapelle Saint-Joseph : une statue en marche

À l’entrée du hameau du Serre, la chapelle Saint-Joseph abrite une statue du saint patron, en bois doré du XVIIIe siècle, transportée chaque année jusqu’à l’église pour la fête des familles. Les anciens se souviennent qu’on garnissait le piédestal de violettes du Var, une tradition tombée en désuétude mais que certains cherchent à raviver (témoignages recueillis lors de la fête votive 2022).

Chapelle Sainte-Anne : objets de piété populaire

La petite chapelle Sainte-Anne, souvent fermée mais accessible lors des Journées du Patrimoine, présente parmi ses objets :

La ferveur populaire passait aussi par des gestes simples, comme le dépôt d’une mèche de cheveux d’enfant ou d’un ruban, souvent encore visibles et précieusement gardés.

Artisanats disparus et restaurations récentes

Orfèvrerie et inventaire communal

L’inventaire dressé par la commune en 2018 (consultable en mairie) recense une vingtaine d’objets d’orfèvrerie : calices, ciboires, encensoirs du XIXe siècle, dont certains portent la marque de la maison Favier, orfèvre niçois renommé.

Plaques commémoratives et objets liés à l’histoire locale

L’église Saint-Jean-Baptiste conserve dans la chapelle latérale une plaque de marbre gravée à la mémoire des morts de la guerre de 1914-1918, installée en 1920 grâce à une souscription des familles villaroises. C’est un objet de culte autant que d’émotion, où chaque nom gravé, de l’abbé Lucien Ramella au caporal Antoine Valetta, rappelle l’engagement de cette terre montagneuse pour la patrie.

État de conservation, curiosités et perspectives

Bien des objets sont aujourd’hui sous la vigilance des bénévoles et du conseil paroissial. Avec le soutien de la Fondation du Patrimoine, plusieurs restaurations ont été menées : le retable principal en 2014, la statue de la Vierge en 2020. Ces objets, bien que d’esthétique modeste en comparaison des grandes basiliques, gagnent en valeur par leur authenticité et leur lien étroit à la vie ordinaire.

Le passage du temps a parfois effacé l’origine précise de certains objets. Beaucoup étaient donnés par des familles lors d’un mariage ou d’une naissance, comme en témoigne la présence de petites plaques gravées : « Don de la famille Giraldi, 1919 » sur un luminaire de chœur, ou « La reconnaissance d’Anna, 1933 » sur un bénitier.

Une initiative récente, portée par l’association « Les Amis du Patrimoine de Villars sur Var », vise à cataloguer et photographier l’ensemble des pièces, pour garantir leur transmission et valorisation. Le projet prévoit, à l’horizon 2025, la numérisation des inventaires pour rendre ce patrimoine accessible à tous, habitant ou promeneur.

Une invitation à la découverte et à la préservation

Le patrimoine religieux de Villars sur Var ne se limite pas à sa valeur d’ancienneté ou d’exception. Il s’inscrit dans la continuité des gestes, des fêtes et des souvenirs partagés. Chaque visite dans une église ou une chapelle donne à voir, mais aussi à ressentir les marques du temps, de la ferveur et de la simplicité villageoise. Que l’on soit passionné d’histoire, amateur d’art sacré ou curieux de passages cachés, chaque étape réserve une surprise – à condition d’ouvrir l’œil et l’oreille, et de saisir ce dialogue entre la pierre et l’objet, le passé et le présent.

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