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Une architecture rurale gravée dans la mémoire du village

Le paysage de Villars sur Var ne se résume pas à ses ruelles, à ses façades ocre et aux senteurs de la garrigue. Il est aussi le fruit discret, parfois méconnu, du patient labeur des anciens, dont les mains ont façonné la terre bien avant la modernité. Ici, les constructions agricoles traditionnelles – bergeries, granges, murs de restanques, s’égrainent encore autour du bourg et dans les vallons, racontant l’économie montagnarde, l’ingéniosité locale et les vies de ceux qui ont domestiqué ce territoire rocheux et escarpé.

Qu’englobe-t-on sous le terme de « construction agricole traditionnelle » ?

À Villars sur Var, parler de constructions agricoles traditionnelles revient à évoquer une mosaïque de petits édifices et d’aménagements bâtis, étroitement liés aux activités agricoles et pastorales ayant rythmé la vie des habitants depuis le Moyen Âge.

  • Bergeries (« jas ») et écuries : Souvent bâties en pierre locale, destinées aux troupeaux de moutons et de chèvres, elles ponctuent les hauteurs et les fonds de vallons.
  • Granges et fenils : Utilisées pour le fourrage, le stockage du grain ou des outils, elles arborent parfois la tuile canal si caractéristique de la région.
  • Murs de restanque : Emblématiques, ces murs de pierre sèche soutiennent les terrasses agricoles (ou « faïsses »).
  • Bories et cabanes : Abris temporaires pour les bergers ou les paysans, parfois coniques ou voûtées en pierre sèche.
  • Séchoirs et clapiers : Pour sécher les figues, les amandes, ou à l’usage pastoral.

Ces constructions ne se limitent pas à une fonction utilitaire : leur implantation, leur forme et leur facture portent la marque d’une adaptation fine au relief, au climat, à la ressource en eau.

Le paysage modelé par la pierre : murs, restanques et savoir-faire

L'une des particularités de Villars sur Var réside dans le paysage en terrasses, encore lisible en de nombreux lieux malgré la déprise agricole. Ce système de « restanques » (terme provençal) désigne les terrasses artificielles soutenues par des murs de pierre sèche. On estime que, jusque dans les années 1930, près de 60 % des versants cultivés de la moyenne vallée du Var étaient structurés de la sorte (Pays des Paillons).

  • La construction en pierre sèche, sans ciment ni liant, fait appel à un savoir-faire ancestral, inscrit à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2018.
  • Les murs permettent de retenir la terre sur des pentes parfois supérieures à 25 %, de drainer l’eau et d’éviter l’érosion.
  • Ce sont aussi des réservoirs de biodiversité : lézards, orvets, insectes s’abritent dans leurs interstices.

À Villars, on observe encore des alignements spectaculaires de restanques autour des anciennes oliveraies et des vignobles noyés dans le maquis. Sur le versant sud du hameau de Rourebel, on dénombre plus de 3 km linéaires de murs sur seulement 50 hectares (source : inventaire du patrimoine rural des Alpes-Maritimes, 2014).

De la grange à la bergerie : des formes simples pour des usages multiples

Chaque type d’édifice raconte une relation particulière à la terre et au troupeau.

  • La bergerie (ou « jas ») se distingue par son volume allongé, souvent orienté est-ouest : la porte principale fait face au midi pour bénéficier de la lumière hivernale. Les murs, parfois dépassant 60 cm d’épaisseur, protègent du mistral et gardent la fraîcheur l’été. Les toitures en lauzes ou en tuile canal, basses, offrent une résistance accrue aux vents.
  • Le fenil et la grange sont simples, rarement vastes : à Villars, faute de grandes prairies, on privilégiait le stockage du foin ou du seigle sous la toiture, accessible par une grande porte haute.
  • La cabane en pierre sèche n’a pas d’étage, parfois bâtie demi-enterrée sur la pente, avec une seule pièce voûtée.

Plusieurs familles villaroises connaissent encore l’histoire de leur « jas familial », souvent transmis d’une génération à l’autre, ou remanié selon les besoins. La famille Giordano, par exemple, conserve les clés de deux bergeries du XVIIIe siècle sur le chemin de Daluis, l’une d’elles utilisant encore la grande mangeoire en planches originelle.

Une empreinte discrète, mais identitaire

Au fil du temps, nombre de ces bâtiments ont perdu leur fonction première. Certains sont intégrés à des résidences, d’autres restent à l’état de vestiges, envahis par la végétation. Pourtant, ces constructions demeurent un marqueur fort du paysage communal.

Type d’édifice Période principale de construction Nombre recensé sur la commune (estimation) Usages actuels
Jas / Bergerie XVIIe-XIXe siècles 30-35 Abri, stockage matériel, résidences secondaires
Grange/Fenil XIXe siècle 15-20 Remises, parfois annexes habitables
Murs de restanque XVIe-XXe siècle Des centaines (sur plusieurs kilomètres) Terrasses en friche ou replants d'oliviers
Borie/Cabane XVIIIe siècle 12-15 Quelques abris restaurés

Le repérage récent du Pays d’art et d’histoire du haut pays provençal alpin valorise aujourd’hui ces témoins, que les visites guidées de juillet n’hésitent plus à présenter en point d’orgue.

Matériaux et techniques : l’économie locale à l’œuvre

La construction agricole traditionnelle de Villars sur Var puise d’abord dans les ressources alentour :

  • La pierre calcaire, omniprésente, arrachée aux éboulis ou extraite des terrasses.
  • Le bois de châtaignier ou de mélèze, pour les poutres et charpentes.
  • La lauze pour quelques toitures anciennes, remplacée progressivement par la tuile canal ou, plus rarement, par la tôle ondulée à partir du XXe siècle.

Les techniques sont frugales, adaptées à une main-d’œuvre familiale et à une saisonnalité agricole : on bâtit à la belle saison, entre fenaison et vendanges. Plusieurs murs sont taillés « en fruit », c’est-à-dire inclinés vers l’intérieur, ce qui renforce leur stabilité. Le mortier, quand il existe, mêle chaux, sable du Var et parfois liant végétal.

Destins croisés : entre abandon et renouveau

Si une partie des constructions agricoles traditionnelles s’est délabrée au fil de l’exode rural, une dynamique de valorisation s’observe aujourd’hui, portée par quelques associations locales et par le Parc naturel régional des Préalpes d’Azur (parc-prealpesdazur.fr). Plusieurs initiatives exemplaires sont à signaler :

  • En 2021, une dizaine de bénévoles villarois réhabilitaient deux restanques majeures sur le chemin du Cros, utilisant les techniques traditionnelles, formés par des « bâtisseurs de pierre sèche » du Mercantour.
  • L’écomusée rural de Puget-Théniers propose une exposition annuelle mettant en avant le patrimoine vernaculaire, inspirant les communes voisines à inventorier leurs propres édifices.
  • Le projet « Paysages de Restanques », financé par le département 06, vise à recenser et transmettre les savoir-faire aux nouvelles générations.

Dans ce contexte, la construction agricole traditionnelle ne relève plus du simple passé : elle dessine l’avenir du village, à travers la restauration du patrimoine, le tourisme doux, la transmission et parfois le retour timide de l’agriculture de montagne. Certaines familles souhaitent réutiliser en permaculture les anciennes faïsses. D'autres restaurent une cabane de vigne en gîte minimaliste.

Une invitation à regarder autrement le paysage de Villars sur Var

Au détour d’un chemin ou d’une marche un peu curieuse, difficile de ne pas sentir la présence de ces constructions dans le paysage. Elles sont moins visibles que les clochers ou les venelles médiévales, et pourtant, chaque pierre posée témoigne d’un lien profond entre l’humain et cette terre accidentée. L’architecture agricole traditionnelle structure Villars sur Var, non pas comme un décor figé, mais telle une écriture discrète de l’histoire collective. Elle rappelle que le patrimoine, ici, se lit d’abord dans un geste humble, transmis de génération en génération, et toujours fécond d’avenir.

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