Printemps : rites de la germination et de la promesse
Les semailles, une œuvre collective
Le début du printemps, c’est l’heure des semailles et des plantations. Jadis, l’ensemble du village participait, enfants compris, aux préparatifs des semis de céréales, de fèves ou de pois-chiches. On attribuait à certains jours des vertus particulières, selon le calendrier : il était par exemple recommandé de semer l’orge et le blé durant la lune croissante, tandis que la pomme de terre attendait les Saints de glace.
Selon les archives départementales des Alpes-Maritimes, la journée commençait souvent par une procession ou une bénédiction des outils de travail, menée par le curé du village ou le doyen. Ces gestes symbolisaient la demande de protection pour les récoltes futures.
Rameaux et Ostensions
Les Rameaux apportaient, huit jours avant Pâques, leur lot de rituels. Les branches de buis, de laurier ou d’olivier, bénis à l’église puis accrochés dans les maisons ou les étables, devaient éloigner le malheur et attirer la chance sur le bétail comme les hommes. On racontait que mettre du buis dans une poche ou sous la selle protégeait les semeurs et leurs outils.
- Bénédiction des anis, œufs ou premiers fruits de jardin, offerts en offrande
- Chants en occitan/maratin sur la place publique
- Moments de jeux pour les enfants, qui devaient « courir l’œuf » ou faire tournoyer des rubans autour des arbres fruitiers
Dans le haut-pays niçois, les anciens rapportent (cf. « Traditions populaires de la Provence », Jean-Luc Domenge, 2006) que, lors de la procession du printemps, les femmes portaient de grands plateaux de semis d’orge ou de lentilles, élevés à la lumière depuis la Chandeleur, symbole de renouveau.
Banquets, superstitions et musique
Une fête sans table bien garnie n’en était pas une ! Chaque famille de Villars sur Var préparait des spécialités typiques du moment : soupe de fèves nouvelles, omelettes aux herbes sauvages, tartes aux premières asperges, souvent arrosées d’un vin jeune et frais. On partageait le pain en prononçant des vœux de fertilité ; il arrivait qu’on brise symboliquement un œuf dans la terre à semer, persuadé que la fécondité du poulailler s’étendrait au champ.
La soirée s’achevait parfois au son des fifres ou des accordéons, avec des rondes et des contes où l’on évoquait la « lune rouge », crainte pour ses gelées tardives fatales aux jeunes pousses.