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La Saint-Antoine : la fête du feu pour conjurer l’hiver

La Saint-Antoine, célébrée traditionnellement le 17 janvier, marquait un jalon majeur du calendrier hivernal à Villars-sur-Var. Saint Antoine l’Ermite, protecteur des animaux et des cultures, était honoré au cœur de l’hiver. Autrefois, cette fête mobilisait tout le village autour d’un rituel essentiel : le grand feu de la Saint-Antoine.

  • Le feu rituel : Sur la place du village, un bûcher était élevé avec soin par les villageois, mêlant sarments de vigne, branchages et vieux bois. L’allumage du feu, souvent confié au doyen ou à l’enfant le plus jeune, rompait symboliquement la morosité hivernale. Le feu était censé purifier l’année, chasser les maladies et garantir la fertilité des terres comme du bétail.
  • Bénédiction des animaux : À la chapelle Saint-Antoine (ou à l’église), les habitants amenaient leurs animaux pour qu’ils reçoivent la protection du saint. Chèvres, ânes, poules, chacun repartait avec son brin de buis béni, un geste encore perpétué chez certains éleveurs du haut-pays niçois (source : Occitanica).
  • Partage de la fougasse : Au sortir de la cérémonie, les familles se regroupaient pour partager la fougasse, pain anisé parfois décoré de graines de fenouil, signe d’hospitalité et de fraternité villageoise.

Les veillées : l’art de la convivialité pendant les longues nuits

L’hiver, alors que la campagne sommeille, la vie sociale prenait place autour de la cheminée. Les veillées (ou “vigilhas” en occitan niçois) rythmaient les soirs les plus froids. Il n’était pas rare d’entendre “On se retrouve chez les Escoffier ce soir ?” ou “Madame C. propose un tour de contes après la soupe”.

  • Contes et légendes : Autour du feu, anciens et enfants tissaient le fil des histoires. On racontait la dernière apparition du loup sur les hauteurs, les prouesses des anciens bergers ou les récits farfelus de la “dama blanca”, la dame blanche de la Var.
  • Chants et musique : Chacun apportait un instrument – accordéon, galoubet, tambourin – et la veillée se prolongeait en chants. Certaines familles perpétuent encore les chansons occitanes, hommage discret à une langue qui résonnait alors partout (source : Pastorale du Mercantour).
  • Travaux d’hiver : Pendant ces moments, on pelait les châtaignes, épluchait les noix, tressait l’osier pour les paniers, activités indispensables rendues plus légères par la compagnie.

Les plats qui réunissaient : traditions gourmandes et solidarité

En hiver, la solidarité entre villageois passait aussi par la marmite. Certaines recettes n’étaient préparées que durant les fêtes ou lors de grands rassemblements :

  • La soupe aux choux et haricots blancs mijotait des heures, chaque foyer y ajoutant un ingrédient, selon ses ressources.
  • Les raviolis de blettes (dites “mérendines” ou “merenda d’inveran”) étaient confectionnés lors la Chandeleur ou du Carnaval, souvent lors d’ateliers collectifs dont les recettes ont traversé le temps.
  • Le pain de seigle au levain, préparé pour tenir tout l’hiver, était parfois cuit dans le four communal, ce qui devenait occasion de retrouvailles pour de nombreux habitants, comme encore observé à Saint-Martin-Vésubie ou à Roubion (source : Ville de Nice Patrimoine).

Au-delà des mets, l’échange de produits – pot de miel contre un panier de noix, tranche de lard contre quelques œufs – faisait de l’hiver une saison de solidarité active.

La fête de la Chandeleur : lumière et symboles à la sortie de l’hiver

Le 2 février, la Chandeleur marquait la moitié de l’hiver. À Villars-sur-Var, on allumait des cierges bénis à l’église, puis un cortège déambulait lentement dans le vieux bourg, lampions à la main.

  • Bénédiction des cierges : On associait la lumière à la protection du foyer pour l’année à venir. Selon une croyance locale, un cierge éteint lors du passage de l’orage était gage de mauvaises récoltes.
  • Les crêpes : Elles étaient préparées à la farine de châtaigne lorsque le blé manquait. Une crêpe bien retournée d’un coup sûr était signe de prospérité dans la maison.

Au fil du temps, la Chandeleur s’est teintée d’un caractère festif, préfigurant la grande fête suivante : Carnaval.

Carnaval : inversion des rôles et explosion de couleurs

À la fin de l’hiver, le Carnaval apportait un vent de légèreté sur Villars-sur-Var. Moins monumental que celui de Nice, l’évènement n’en était pas moins attendu. Les ruelles vibraient au rythme de la musique et des chants.

  • Masques et costumes : Dans l’esprit des villages du haut-pays niçois, chacun se fabriquait un déguisement avec les moyens du bord : vieux draps, mouchoirs colorés, chapeaux dépareillés.
  • Rites de l’inversion : Les rôles s’inversaient : les enfants devenaient adultes, les hommes jouaient les commères, et le tout se terminait autour du “bouffetoun”, la table improvisée avec ce que chacun apportait.
  • L’exécution du “Caramentran” : Figure de paille symbolisant l’hiver et les malheurs de l’année passée, le “Caramentran” était promené puis brûlé à la nuit tombée, sous des cris de joie. Rituel partagé de la Vésubie à l’Ubaye (source : Ville de Villeneuve-Loubet).

Petites croyances et superstitions de l’hiver

Au-delà des fêtes codifiées, la saison froide était émaillée de petites superstitions rurales et de gestes hérités des anciens :

  • Le brin de houx accroché sur la porte protégeait du mauvais œil.
  • Ne jamais balayer dehors après la nuit tombée, sous peine d’appeler la malchance sur la maison.
  • Réciter un “Notre Père” avant de commencer toute coupe d’olivier durant les “jours noirs” de janvier.
  • Prêter une bûche, mais jamais l’eau du puits en février.

Ces croyances, peu à peu effacées par la modernité, ressurgissent parfois dans les conversations, surtout lors des longues soirées d’hiver.

Rythmes saisonniers et particularités locales

Période Coutume phare Aliments typiques Lieu central
Mi-janvier Saint-Antoine, Feu rituel, Bénédiction animaux Fougasse, vin chaud Place principale, chapelle
Fin janvier - février Veillées, crêpes de la Chandeleur Soupe, raviolis de blettes Maisons, foyers
Mars (au carême) Carnaval, Caramentran Artichauts farcis, pain sucré Ruelles, places publiques

Ce que l’on retient : transmission et transformation de l’hiver villarois

Les coutumes hivernales de Villars-sur-Var sont le reflet d’un subtil équilibre entre le collectif et l’intime, entre le rite établi et l’inventivité de chaque génération. Si certaines traditions se sont assoupies, l’esprit reste, palpable : dans la manière d’aborder le froid, d’ouvrir sa porte, de raconter une histoire ou de partager son bol de soupe. Beaucoup de ces gestes renaissent aujourd’hui lors d’ateliers associatifs, de retrouvailles familiales ou de nouvelles fêtes inventées au fil du temps. L’hiver, ici, ne rime jamais avec solitude, mais avec retrouvailles, échanges et lumière partagée.

Pour aller plus loin sur les traditions du haut-pays niçois et les fêtes rurales, plusieurs ressources offrent des éclairages précieux : l’ouvrage Traditions du Comté de Nice de Christian Estrosi (Ed. Serre), les archives de la Départementales 06, ou encore le site Portail mondial des traditions – Nice.

En savoir plus à ce sujet :

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