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Le murmure du Baou : histoires anciennes et échos d’aujourd’hui

Impossible de parler de Villars sur Var sans évoquer le Baou, ce rocher emblématique qui veille sur le village depuis des siècles. Si son nom – "baou" – signifie "rocher" en occitan, pour les habitants, il est bien plus qu’un simple élément du paysage. Le Baou concentre à lui seul plusieurs récits qui animent encore les fin d’après-midi entre voisins.

  • La légende du Pont du Diable : Plusieurs villages de la vallée ont leur "pont du Diable", mais à Villars, on raconte que le Baou lui-même aurait été le théâtre d’un pacte ancien. La rumeur populaire veut que lors d’une période de sécheresse extrême, les villageois auraient fait un vœu sur le Baou pour appeler la pluie. La première pluie serait tombée dans la nuit du 13 mai 1906 (date relevée dans certains carnets familiaux), et pendant une heure, la roche aurait suinté plus que de coutume, comme marquée par ce pacte.
  • Un rocher qui porte bonheur : Pour les nouveaux mariés de Villars, monter jusqu’au Baou et toucher la pierre au lever du soleil est censé promettre un amour durable. Cette coutume, rapportée encore aujourd’hui par les anciens, n’a rien d’une invention récente : le registre municipal de 1919 évoque déjà cette tradition dans une note sur les festivités de la Sainte-Anne.

Ce type de croyances liées aux éléments naturels n’est pas rare dans les Alpes-Maritimes, mais à Villars, elles trouvent une forte résonance grâce à la proximité du Baou, facilement accessible depuis le centre du village.

Des âmes dans les pierres : récits sur les maisons de Villars

À Villars sur Var, de nombreuses maisons présentent des marques étranges sur les linteaux ou les murs. Si l’on interroge les propriétaires, on ne tarde pas à entendre des histoires : la maison du boulanger abriterait, la seconde moitié de l’année, l’esprit d’un vieux chat revenu d’entre les morts ; un escalier du quartier Saint-Sébastien ne doit jamais être franchi après la tombée de la nuit, sous peine d’attirer la malchance.

  • L’escalier de Saint-Sébastien : On relate qu’une lavandière du village, nommée Rosalie, aurait perdu subitement la parole après avoir emprunté cet escalier un soir venteux de 1922. Depuis, certains jeunes du village se lancent parfois le défi d’y passer à minuit, histoire de se mesurer à la vieille peur.
  • Le linteau sculpté de la rue du Four : Sur l’un des plus anciens linteaux, une forme rappelant une queue de serpent intrigue encore. Au fil des décennies, l’animal représenté a changé : tantôt c’est un dragon, tantôt une couleuvre qui protégerait la maison de l'incendie. Dans tous les cas, la croyance persiste qu'allumer une bougie sous ce linteau éloignerait les mauvais esprits la nuit de la Saint-Jean.

L’eau, source de vie et de frissons : contes autour du Var

Le fleuve Var ne façonne pas que la géographie du village ; il hante aussi ses histoires. Villars sur Var tire son nom de cette proximité et le fleuve est présent dans une multitude d’anecdotes transmises oralement.

  • Le "trésor du Var" : Les anciens chuchotent que de l’or, arraché au temps où Charles-Emmanuel Ier de Savoie faisait campagne contre la Ligurie, aurait été caché quelque part sur les berges. De temps à autre, des enfants armés de pelles rêvent de découvrir ce pactole sous les racines des aulnes, malgré les crues parfois redoutables (la crue mémorable de 1994 reste dans toutes les têtes).
  • Les eaux bruissantes : Quand la brume remonte sur le Var, on dit souvent que l’on peut entendre les voix des passeurs et contrebandiers disparus. Les galets "chantants" du fleuve, audibles lors des crues, sont interprétés comme le signe que les esprits veillent… et que la prudence s’impose à qui s’approche trop près la nuit tombée.

L’eau inspire la méfiance et le respect : au village, les fontaines font partie intégrante du patrimoine. Plusieurs possèdent d’ailleurs leurs propres histoires, comme celle du quartier du Pous, "soi-disant" protégée par la Madone pour garantir une eau toujours fraîche, même lors des pires sécheresses.

Patrimoine religieux et superstitions d’antan

La mémoire collective de Villars sur Var navigue entre foi et superstition, ce qui transparaît dans la manière dont sont célébrées les fêtes patronales mais aussi dans certaines pratiques quotidiennes. Ces croyances, bien que parfois teintées d’humour aujourd’hui, ont longtemps rythmé la vie villageoise.

  • La Vierge du Portal : La niche de la Vierge au-dessus de l’ancien portail du village reçoit encore des offrandes en fleurs, tout particulièrement le jour de l’Assomption. Selon une tradition rapportée par La Revue du Comté de Nice (2010), la Vierge aurait protégé le village lors de la peste de 1720 en dissipant miraculeusement la brume épaisse, signe du malheur.
  • Saint-Roch, bouclier contre la maladie : La procession de Saint-Roch, organisée chaque 16 août, attire toujours habitants et familles du canton. On prêtait au Saint le pouvoir de repousser la fièvre jaune, qui a frappé sévèrement le Var en 1854 (source : Archives départementales des Alpes-Maritimes). Il n’est pas rare d’entendre, après quelques verres de rosé, certains raconter que le chant du coq à l’aube du 16 août apporte la chance à qui l’écoute en silence.

Les cloches de l’église, quant à elles, n’étaient pas seulement destinées à appeler à la prière : pendant les orages, l’ancienne tradition voulait qu’on les sonne longuement, pour "chasser la foudre", croyance autrefois répandue dans toute la Provence.

Figures mystérieuses et bandits célèbres du pays de Villars

À Villars sur Var, la mémoire des "mauvaises rencontres" n’est jamais bien loin. Plusieurs légendes évoquent bandits ou ermites, personnages à la frontière entre histoire vraie et imagination populaire.

  • Le "Lou Pastre" : Ce berger solitaire aperçu sur les crêtes à la fin du XIXe siècle. Certains affirment qu’il possédait le don de faire venir la pluie (témoignage recueilli dans la revue Lou Sourgentin, 1988). Disparu sans laisser de trace, on raconte encore que les nuits de fort vent, ses chansons se devinent entre deux rafales sur la draille du col de Porte.
  • La bande à "Mourgand" : Dans l’entre-deux-guerres, la peur des bandits rôdait encore dans la vallée. "Mourgand", dont le nom rejaillit parfois dans les veillées, aurait caché son butin non loin du cimetière. Plusieurs "expéditions nocturnes" menées jusque dans les années 1980 ont tenté de le retrouver – sans succès.

Comment les légendes de Villars se transmettent-elles aujourd’hui ?

Si les écoles locales n’enseignent plus ces histoires, la mémoire veille toujours dans les cercles de jeux de cartes, sur les bancs des places ou lors des fêtes. Les jeunes s’amusent souvent à se raconter les versions "effrayantes" des récits de loups ou d’apparitions nocturnes, adaptés à l’heure des téléphones portables et d’Internet.

Chaque été, la fête de la Sainte-Anne et la journée du patrimoine sont propices à collecter d’autres témoignages. Il n’est pas rare que les habitants invités par les associations (Villars Patrimoine, Comité des fêtes) transmettent anecdotes ou chansons, souvent en occitan. À ce titre, Philippe Martel, historien du Félibrige, soulignait l'importance de la chanson occitane dans la transmission orale des légendes rurales (La Revue Litteraire de Provence, 2009).

Pistes pour entretenir la mémoire locale

Préserver et faire vivre ces histoires, c’est aussi entretenir le patrimoine immatériel du village. Quelques idées pour s’en emparer :

  • Organiser des 'balades contées' en lien avec l’office du tourisme du Pays de la Tinée
  • Lancer un projet de collecte audio des souvenirs des anciens
  • Valoriser les linteaux gravés et les pierres mystérieuses dans des visites guidées du centre ancien
  • Intégrer des légendes dans les parcours ludiques à destination des enfants lors des fêtes de village
  • Inviter des conteurs locaux lors des marchés ou événements saisonniers

Aux frontières du réel à Villars sur Var : un village vivant de ses légendes

À Villars sur Var, les pierres comme les rivières se prêtent au jeu des mémoires. Ces histoires, loin d'être de simples divertissements, participent d’une identité partagée, forgée entre nature, histoire et petits secrets du quotidien. Elles restent vivantes, portées par la voix des habitants, dans les détails que l’on partage en remontant la rue du Four ou en guettant le retour du printemps sur les pentes du Baou.

Pour en savoir plus, il est conseillé de consulter :

  • Les archives départementales des Alpes-Maritimes
  • Le site du Théâtre Occitan de Nice
  • La revue Lou Sourgentin, spécialisée dans l’histoire et le patrimoine local
  • La Revue du Comté de Nice
Villars sur Var continue de s’écrire, au fil de ses légendes et de sa convivialité, gardant en mémoire ses histoires et ceux qui les racontent.

En savoir plus à ce sujet :

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