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Villars sur Var, carrefour de l’Histoire

Situé au pied des montagnes, Villars sur Var semble parfois à l’écart du tumulte. Pourtant, ce village a été touché de plein fouet par plusieurs événements historiques qui nourrissent encore les conversations et tissent l’identité locale. Traversé par la Roya, surveillant les portes du Mercantour, Villars sur Var a été un point stratégique autant qu’un refuge, une terre régulièrement remaniée par les frontières, les guerres, les catastrophes naturelles et les élans collectifs. Plongée dans les empreintes les plus profondes laissées par l’Histoire sur les lieux, les familles et l’atmosphère du village.

Aux origines : Savoie, Sardaigne, France… et l’âme d’un village frontalier

Villars sur Var fut longtemps Savoyard, puis Sardes avant de rejoindre la France en 1860 à la faveur du rattachement du Comté de Nice. Ce basculement n’a jamais cessé d’habiter la mémoire villageoise. Les registres de naissances et les pierres des maisons conservent encore des patronymes piémontais ou transalpins. Jusqu'au début du XXe siècle, l’italien et le niçois étaient encore couramment parlés. Le passage exact de la commune à la France s'est fait le 14 juin 1860, lors du vote d’annexion, une date qui reste mentionnée sur plusieurs monuments commémoratifs.

  • Avant 1860 : langue, lois, et administration sardes
  • Dès 1860 : francisation progressive, arrivée de fonctionnaires métropolitains, nouveaux programmes scolaires

Cette mémoire se ranime lors des fêtes patronales, dans les échanges avec les villages voisins restés côté italien, mais aussi à travers la gastronomie familiale où raviolis et polenta rivalisent encore avec la socca et la pissaladière.

La guerre, les résistances et les séparations : les impacts du XXe siècle

La Première Guerre mondiale : saigne et désertification

Avec une quarantaine de jeunes mobilisés sur environ 600 habitants (chiffres INSEE 1910), Villars sur Var ne fut pas épargné par l’hémorragie humaine de 14-18. Après guerre, une dizaine de familles perdirent plusieurs fils ou pères, bouleversant l’organisation traditionnelle du village : terres abandonnées, maisons fermées, métiers autrefois transmis de père en fils manquant de repreneurs.

  • 14 noms gravés sur le monument aux morts du village
  • Départ définitif de certains foyers pour suivre les emplois ailleurs, accentuant la baisse démographique entre 1921 et 1936 (-26 % selon recensements de l’époque)

La Seconde Guerre mondiale : occupation et engagement

Villars sur Var fut occupé par les Italiens d’abord (1942), puis par les Allemands après l’armistice italien (1943). Cette période hante encore certains récits familiaux. Réquisitions, veillées aux fenêtres par crainte des rafles, solidarités discrètes avec la Résistance : la mémoire locale souligne la présence de filières de passage pour jeunes refusant le STO, grâce à la proximité de la montagne et la connaissance ancestrale des sentiers.

  • Utilisation de la grotte de la Tête de Chien comme refuge temporaire selon les témoignages recueillis par l’historienne locale Aline Carpentier (source : Association Mémoire et Histoire de la Tinée)
  • Hommage annuel aux résistants et victimes au cimetière, chaque 8 mai

Cette période a soudé les familles mais aussi laissé des traces de douleur, notamment au sujet des pillages et des évacuations forcées, dont parlent encore les plus anciens habitants lors des veillées hivernales.

Les crues de la Var : entre destruction et renaissance

Rien ne marque plus sûrement l’histoire de Villars sur Var que les caprices de la rivière. La crue de l’automne 1926 reste dans toutes les mémoires : après des jours de pluies diluviennes, le niveau du Var grimpa de plus de 5 mètres, submergeant routes et maisons basses. Plus de 12 habitations furent alors détruites ou emportées, laissant plusieurs familles sans toit.

  • Le vieux pont fut partiellement emporté (restauré en 1928 sur fonds publics et dons des familles expatriées, source : Archives départementales des Alpes-Maritimes)
  • Reconstruction des berges : près de 300 journées de travail collectif recensées dans les carnets municipaux de 1927

Encore aujourd’hui, chaque éboulement, chaque montée soudaine du Var replonge le village dans cette angoisse ancienne, tempérée toutefois par l'expérience collective de la reconstruction et de la solidarité.

D’autres crues, en 1957 puis en 1994, ont aussi laissé des stigmates, obligeant à revoir les plans d’urbanisme et à organiser chaque année l’entretien des canaux et des protections, un rituel qui rappelle que la rivière rythme la vie du village autant, sinon plus, que le calendrier des saints.

Le chemin de fer du Sud et la grande époque du train

Il fut un temps où Villars sur Var s’ouvrit sur le monde grâce à la ligne ferroviaire Méditerranée – Nice à Digne, dite « Train des Pignes ». L’inauguration, en 1892, fut vécue comme une petite révolution. Plus besoin d’attendre le passage des muletiers pour faire venir de la farine ou exporter les récoltes. Le « tacot » apporta à la fois le quotidien moderne (journaux, médicaments, vins nouveaux, nouveautés de la ville) et emmena bien des jeunes vers l’aventure, parfois jusqu’à Nice, parfois plus loin.

  • Temps de trajet Villars sur Var – Nice réduit à 2h20 en 1902, contre une journée à pied ou en charrette auparavant
  • Ligne électrifiée en 1925, puis déclin progressif du fret après les années 1970

La gare, bien qu’aujourd’hui moins active, reste un symbole précieux, mémoire vivante des échanges, des départs et des retrouvailles. Plusieurs familles du village comptent encore au moins un ancêtre cheminot ou employé de la ligne.

Les grandes fêtes, fédératrices et transgénérationnelles

Si l’Histoire de Villars sur Var s’est écrite dans le granit et la douleur, elle s’est aussi cristallisée dans la joie collective des fêtes populaires. Les plus anciennes, comme celle de la Saint-Sébastien (patron du village, fêté depuis le XVe siècle), sont à la fois des moments de recueillement (messe, procession) et de liesse (bal, banquet, courses en sac).

  • La fête du pain, relancée en 1986 sur l’ancien four communal, symbolise le renouveau communautaire après la baisse démographique des années 1960-1970
  • Les journées du patrimoine, avec ateliers de mémoire partagée entre enfants et anciens, constituent un moment fort de transmission

Lors du marché du samedi, au détour d’un banc d’olives ou d’un verre de vin, il n’est pas rare que resurgissent anecdotes et clins d’œil à ces rassemblements d’autrefois, que l’on compare, regrette ou célèbre selon les générations.

Les événements récents qui résonnent encore

La tempête Alex (2020) : choc et mobilisation

La tempête Alex, en octobre 2020, a laissé une marque profonde, tout autant psychologique que matérielle. Si Villars sur Var n’a pas subi le désastre d’autres communes plus à l’amont ou du côté de la Vésubie, la peur fut vive et la solidarité, immédiate.

  • Pont coupé, routes secondaires impraticables, communications brouillées durant 48 heures
  • Plus de 60 habitants mobilisés dès le lendemain matin pour sécuriser, évacuer, reloger les plus vulnérables

Cet épisode récent a ravivé l’esprit d’entraide des grandes crues et s’est inscrit dans le patrimoine immatériel local, à travers différents récits partagés lors des ateliers de mémoire et dans les articles publiés par Nice-Matin.

Tableau récapitulatif des faits marquants de Villars sur Var

Événement Date/Époque Impact
Annexion à la France 1860 Transformation culturelle et administrative, bilinguisme
Grande crue de la Var 1926 Destructions, relogements, solidarité villageoise
Inauguration du chemin de fer 1892 Ouverture économique, migrations, modernisation
Occupations et Résistance 1942-1944 Pertes humaines, actes de courage, mémoire familiale
Tempête Alex 2020 Élan de solidarité, revalorisation de la mémoire collective

Héritages multiples : une mémoire à transmettre et à faire vivre

De toutes ces épreuves, Villars sur Var a hérité une conscience aiguë de la fragilité autant que de la richesse du lien social. Les événements historiques, que cela soit l’arrivée du train, les réquisitions de guerre ou les crues du Var, ne sont pas de simples vestiges : ils continuent à irriguer la mémoire, à inspirer la transmission et à donner sens à la vie collective. Chaque balade dans le vieux village, chaque entretien sur la place, chaque fête renouvelée témoigne de la vitalité d’un patrimoine partagé, toujours prêt à accueillir l’avenir sans renier le passé.

Pour approfondir :

  • Préfecture des Alpes-Maritimes
  • Archives départementales des Alpes-Maritimes
  • Ouvrage « Villars-sur-Var, mémoire d’un village alpin » (éd. Patrimoine Local)
  • Association Mémoire et Histoire de la Tinée

En savoir plus à ce sujet :

© villarssurvar.net.